Mondorient express (29 octobre – 4 novembre)

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C’est l’heure de faire le point sur l’actualité de la semaine passée au Moyen-Orient.

 

Les États-Unis ont activé lundi 5 novembre leurs sanctions contre l’Iran. Les mesures visent les exportations de pétrole, les banques, l’énergie, la construction navale et le transport maritime de la République islamique. « L’objectif est de priver le régime des revenus qu’il utilise pour semer la mort et la destruction à travers le monde », a déclaré Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine. Pour faire face, Téhéran a décidé de régionaliser son économie. Les exportations pétrolières vers la Chine, la Turquie et l’Inde suffisent à l’Iran pour écouler un million de barils par jour. Pékin est toutefois aux abonnés absents : empêtrée dans de difficiles négociations commerciales avec Washington, la capitale chinoise n’a pour l’instant affiché aucun soutien à Téhéran. En attendant, la valeur du rial a été divisée par trois depuis le début de l’année, et les pénuries se multiplient, comme celles de couche-culottes ou de serviettes hygiéniques.

Les enfants sont toujours les premières victimes du conflit au Yémen. Cette semaine, la petite Amal Hussein est morte de malnutrition. La fillette avait fait la Une du New York Times du 27 octobre dernier. Le journal a annoncé la nouvelle dans un article. Sur Twitter, ils ont simplement cité la mère de la petite Amal :  « Mon coeur est brisé. »

Selon l’ONG britannique Save the Children, 5 millions d’enfants yéménites sont victimes de la famine provoquée par la guerre qui a éclaté en 2015. Le responsable du Moyen-Orient pour l’Unicef, Geert Cappelaere, a quant à lui affirmé qu’un millions huit cent mille enfants yéménites de moins de 5 ans souffraient de malnutrition aigüe.  « Toutes les dix minutes, un enfant meurt en raison de maladies qui pourraient être évitées », a également rapporté M. Cappelaere, lors d’une conférence de presse à Amman, en Jordanie. Alors que les combats ont été intenses toute la semaine à Hodeïda, il a exhorté les parties du conflit à s’asseoir à la table des négociations, pour mettre fin à ce qu’il a qualifié  « d’enfer sur terre » pour les enfants.

Trois dignitaires syriens sont visés par des mandats d’arrêt émis par la justice française. C’est une révélation du journal Le Monde, et c’est une première depuis le début du conflit. Membres hauts placés des services de renseignement, les trois Syriens poursuivis le sont pour « complicité d’actes de tortures, complicité de disparitions forcées, complicité de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et de délits de guerre ». Parmi les trois hommes, Ali Mamlouk est le plus haut placé. Ce bras-droit de Bachar al-Assad est l’actuel directeur du bureau de la sécurité nationale, soit chef de tout l’appareil sécuritaire syrien. Nommé à ce poste depuis 2012, il était depuis 2005 directeur des renseignements généraux syriens. Jamil Hassan, le deuxième, dirige le service de renseignement de l’armée de l’air, la branche la plus redoutée. Il est soupçonné d’avoir été l’un des principaux maîtres d’œuvre de la répression syrienne. Le troisième homme visé est Abselsalam Mahmoud, le directeur d’un service de renseignement de l’armée de l’air de Damas.

Les mandats d’arrêt émis contre eux l’ont été dans le cadre d’une information judiciaire ouverte en octobre 2016 à Paris suite au dossier « César », le pseudonyme donné à un photographe de la police militaire syrienne.  Il a fui son pays en juillet 2013 en emportant avec lui quelque 50 000 photos de cadavres de prisonniers morts de faim, de maladie ou de torture dans les geôles du régime de Bachar Al-Assad, entre 2011 et 2013. Une enquête qui a été accélérée cet été par la plainte, en France, d’un franco-syrien qui était sans nouvelles de ses proches depuis leur arrestation. Comme des centaines d’autres prisonniers, sa famille a récemment été déclarée morte lors d’une mise à jour de l’état-civil syrien.

Recep Tayyip Erdogan veut être ferme dans l’affaire Khashoggi. Le président turc signe cette semaine une tribune dans le Wahsington Post, où écrivait Jamal Khashoggi, le journaliste saoudien assassiné le 2 octobre dernier au consulat de son pays, à Istanbul. « Nous savons que l’ordre de tuer Khashoggi est venu des plus hauts niveaux du gouvernement saoudien », écrit le président turc. Khashoggi, un journaliste autrefois très proche du pouvoir saoudien dont il était devenu critique, s’était exilé de lui-même aux États-Unis. Il a été assassiné dans l’enceinte du consulat de son pays, dont il n’est jamais sorti. Riyad a suscité un feu de critiques internationales pour son manque de coopération dans l’enquête.

« Je ne crois pas une seule seconde que le roi Salmane, gardien des mosquées saintes, ait ordonné le meurtre de Khashoggi, assure toutefois le président turc. Par conséquent, je n’ai aucune raison de croire que son meurtre reflétait la politique officielle de l’Arabie saoudite. S’il a rappelé les « relations amicales » entre Riyad et Ankara, le président a assuré que la Turquie « ne fermera pas les yeux sur ce meurtre, qui s’est déroulé juste sous nos yeux ».

« Où est le corps de Khashoggi ? Qui est le « collaborateur local » auquel les officiels saoudiens ont affirmé avoir confié ses restes ? Qui a ordonné de tuer cette bonne âme ? […] Certains semblent espérer que ce ‘’problème’’ disparaîtra avec le temps. Mais nous continuerons à poser ces questions, qui sont cruciales pour l’enquête criminelle en Turquie, mais aussi pour la famille et les proches de Khashoggi », assure le président turc dans ce texte.

La Turquie a aussi inauguré son nouvel aéroport.  La cérémonie a eu lieu le 29 octobre, jour du 95ème anniversaire de la République. L’avion présidentiel s’est posé à « l’aé­ro­port d’Is­tan­bul », comme a été baptisé le troisième aéroport de la ville. On vous dit sur la charge symbolique de ce hub aéroportuaire dans notre article de la semaine. 

L’ambassade brésilienne en Israël sera déplacée à Jérusalem. C’est ce qu’a confirmé Jair Bolsonaro, le nouveau président brésilien d’extrême-droite, qui prendra ses fonctions le 1er janvier prochain. L’ambassade brésilienne se trouve pour l’instant à Tel-Aviv. Il a dans la foulée affirmé que l’État hébreu devrait être libre de choisir sa capitale. Benjamin Netanyahou a salué un «pas historique, juste et enthousiasmant», sur Twitter lui aussi. Un message auquel le président raciste, homophobe, mysogine et pro-armes a répondu par… un emoji pouce. Peut-être le signe que, après avoir pris la même décision pour son ambassade que Donald Trump, Jair Bolsonaro usera de Twitter comme le président américain.

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