Mahmoud Abbas : le désaveu d’un chef sans pouvoir

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La scène… ou plutôt, son absence, peut sembler anodine, pourtant, elle interpelle. Ce jeudi 27 septembre, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations Unies, les joutes verbales interposées entre Benyamin Netanyahou et Mahmoud Abbas manquent. Pire, celui que les Israéliens surnomment “Bibi” se focalise sur l’Iran et, de facto, le désigne comme son ennemi hégémonique numéro un. Une posture plus que jamais révélatrice du déclin de Mahmoud Abbas, et de la « solution à deux États » avec lui.

 

Les Palestiniens ont de quoi voir se désagréger le peu d’espoir qu’il leur reste. Ce jeudi 27 septembre, à l’Assemblée générale de l’ONU, ils ont vu l’ignorance de Netanyahou à l’égard de leur représentant, Mahmoud Abbas, sceller le déclin de leur représentant sur la scène internationale. Car plutôt que se focaliser sur lui, Benyamin Netanyahou a préféré accuser l’Iran d’abriter un « site de stockage atomique secret » à Téhéran. Face à lui et à sa puissance gonflée par le soutien de l’administration Trump, plus personne. Mahmoud Abbas a tenté, tant bien que mal, de maintenir l’illusion en dénonçant la position de Washington mais sa crédibilité a pris un sacré coup.

Méprisé et rabaissé au yeux de tous par ce « manque de considération », le chef de l’Autorité palestinienne de 82 ans ne suscite plus le moindre espoir au sein de son propre peuple. « Il y a bien longtemps qu’on ne croit plus en lui. Notre rêve d’avoir enfin la paix est mort depuis longtemps, avec Yasser Arafat », nous confie Abdallah, étudiant palestinien. Mahmoud Abbas, qui pourtant, a souvent été à l’origine des multiples tentatives de traités, n’a d’ailleurs pas hésité, dès le début de l’année 2018, à déclarer : « Aujourd’hui, c’est la fin des accords d’Oslo. » Des accords qui représentaient l’espoir de voir, un jour, la paix entre Palestiniens et Israéliens.

Un symbole fort, une idée et un credo mourants. Avec eux, la possibilité, pour les Palestiniens, de faire entendre leur voix grâce à un leader charismatique.

Les États-Unis, bourreau d’Abbas

Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, les gouvernements américain et israélien sont plus que jamais main dans la main. Alliés historiques des États-Unis, les Israéliens ont trouvé le moyen de rallier, encore un peu plus, l’administration Trump à leur cause. Une stratégie que les américains connaissent sur le bout des doigts depuis la présidence de George W. Bush et qui consiste à désigner un ennemi commun. Un ennemi qui est nul autre que l’Iran.

Dès son arrivée la tête des États-Unis, Donald Trump n’a cessé de multiplier les signaux en défaveur de “la cause palestinienne”.

Tout d’abord, les États-Unis, qui se sont présentés comme médiateurs, ont proposé un plan de paix israélo-palestinien, élaboré par Jared Kushner, gendre de Donald Trump, favorable aux Israéliens. Un plan qui aurait directement été présenté à Mahmoud Abbas, en visite à Riyad à la fin de l’année 2017. Il consiste en la création d’un État palestinien autonome, sans continuité territoriale avec la Cisjordanie, ayant comme capitale Abou Dis, un village palestinien dans les environs de Jérusalem-Est annexé, mais qui en est coupé par le mur de séparation. Surtout, ce plan de paix prévoit que l’extrême majorité des colonies de Cisjordanie resteraient, et qu’il n’y aurait aucun droit au retour pour les réfugiés palestiniens… et pour leur descendants.

Dans la foulée de cette proposition, vécue comme un affront par Mahmoud Abbas, Donald Trump décide de reconnaître, unilatéralement, Jérusalem comme capitale d’Israël. Une position maintenue et ce, malgré l’indignation internationale.

Les décisions radicales américaines ne s’arrêtent pas là. Washington a récemment décidé de couper les vivres à l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens mais surtout, a fermé le bureau de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), cette “ambassade” palestinienne aux États-Unis.

Une série de décisions qui a très largement contribué à la destruction de l’image de Mahmoud Abbas sur la scène internationale. Une aura déjà mise à mal auprès de son propre peuple.

La disgrâce jusqu’en palestine

La scène est terrible pour Mahmoud Abbas. En avril dernier, il convoque une assemblée extraordinaire du parlement de l’OLP. Et du haut de son estrade, il coule. Anecdotes approximatives, réécriture de l’Histoire, propos antisémites… en essayant d’exalter le nationalisme de ses partisans, il touche le fond. « Ce moment était mythique pour nous les jeunes, j’en ai parlé avec certains étudiants de ma faculté sur les réseaux sociaux. Certes, ce genre de discours peut fonctionner chez les plus faibles d’esprits, mais nous, ces discours, on en a marre ! », nous déclare, survolté, Haytham. Il surenchérit : «Ces luttes de pouvoir entre le Hamas et le Fatah, c’est aussi ce qui nous discrédite et tue toute possibilité d’arriver à la paix un jour. »

Après des tentatives de rapprochement à l’automne dernier, sous médiation égyptienne, le fossé s’est de nouveau creusé entre le Hamas et le Fatah. Ce dernier est accusé par de nombreux palestiniens d’être complice de l’occupation israélienne par son discours “trop mou” tandis que le Hamas est accusé, par les pro-Fatah, de faire capoter les négociations, notamment par ses actions médiatisées.

Des forces qui parfois se rejoignent mais qui, surtout, s’opposent et font de Gaza une ville fantôme et du destin palestinien, une cause perdue. Un destin tragique pour Mahmoud Abbas qui n’a plus la légitimité, ni la force, de tenter ne serait-ce que de tout faire valser.

 

Malik Miktar


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