Fermeture de la représentation palestinienne à Washington : entre Américains et Palestiniens, le décalage est patent

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Lundi 10 septembre, les États-Unis ont annoncé la fermeture de la représentation palestinienne à Washington. Point d’orgue d’une série de mesures de l’administration américaine la plus ouvertement pro-israélienne de l’histoire, cette décision illustre un véritable décalage et relègue toujours un peu plus la solution à deux États au rang de douce utopie.

Le motif de cette fermeture prêterait presque à rire, si ce n’était pas aussi dramatique. L’administration Trump a en effet fustigé le manque d’efforts de la partie palestinienne vers un accord de paix avec Israël et a également dénoncé le refus de Mahmoud Abbas de parler aux États-Unis.

L’Autorité palestinienne a rompu tout contact avec Washington fin 2017, quand un Trump ébaudi a bousculé l’histoire du Proche-Orient en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël.  Ajoutons à la liste l’arrêt du financement américain de l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient) dont dépendaient plusieurs millions de réfugiés palestiniens. Les États-Unis participaient à son fonctionnement à la hauteur de 364 millions de dollars, premier donateur mondial. Cette agence dispense divers services notamment dans le domaine de l’éducation et de la santé alors que les conditions de vie des réfugiés palestiniens (estimés à 5,2 millions) sont extrêmement difficiles. Elle contribuait de ce fait à la stabilité de la région.

Le décalage est donc total lorsque la porte-parole du département d’Etat américain, Heather Nauert, déclare dans un communiqué : « L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) n’a pris aucune mesure pour permettre le début de négociations directes et significatives avec Israël. » Comment envisager une paix alors que les deux parties ne s’entendent apparemment pas sur son contenu ? Il semble en effet que la paix décidée par Washington s’apparente à une reddition totale de la partie palestinienne et non pas à une quelconque tentative mesurée et juste, qui suivrait une solution à deux États.

La cohabitation d’un État juif et d’un État palestinien, rappelons-le, est envisagée en 1947 par le Plan de partage de la Palestine avalisé par l’ONU avant la création d’Israël. Rappelons également que l’occupation de territoire et la colonisation à marche forcée que mène Tel-Aviv a été régulièrement condamnée par l’ONU. En 2016 par exemple, la résolution 2334 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies exigeait «de nouveau d’Israël qu’il arrête immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans les Territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-Est ».

En définitive, il semble que le président américain ait décidé d’expérimenter sur tous les terrains moyen-orientaux, en Iran comme en Palestine, sa vision étrange de la diplomatie : l’unilatéralisme et l’épreuve de force. Mais concernant le conflit israélo-palestinien, l’histoire nous a déjà appris que c’était contre-productif. M. Trump ne risque que de renforcer les extrémistes de la région, tant Palestiniens qu’Israéliens, qui s’en frottent déjà les mains.

Clara Guillard


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