Hasan Atik : “Ma candidature incarne la question du VIH et je veux fournir cet espace de débat”

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Dimanche 24 juin auront lieu les élections législatives et présidentielle en Turquie. Hasan Atik est candidat HDP (Parti démocratique des peuples, de gauche, considéré comme pro-kurde) aux législatives dans la ville d’Edirne, au nord-ouest du pays. Ouvertement homosexuel et séropositif, il fait campagne pour les minorités sexuelles et les personnes atteintes du VIH et du SIDA.

 

Mondorient Vous avez voulu être candidat à Edirne, une circonscription que vous jugez ingagnable. Pourquoi ce choix ?
Hasan Atik – J’habite à Edirne depuis huit ans, et ça fait longtemps que je milite au sein du HDP ici. Je connais le potentiel politique de cette ville, et c’est pour ça que je voulais être investi ici. Je veux que le HDP profite de ma candidature ici, spécifiquement. Mon élection en tant que député m’importe peu. En tant que membre du HDP, je me battais pour les minorités avant ça, et je continuerai à le faire aussi longtemps que possible. Et la visibilité que m’offre mon parti est plus importante pour mon combat pour les droits des LGBT+ que ma victoire aux élections.

M Plusieurs membres du HDP ont été arrêtés, dont son ancien co-président et actuel candidat à l’élection présidentielle, Selahattin Dermirtaş. Un parti en si mauvaise posture est-il le meilleur endroit pour défendre les minorités sexuelles ?
H.A 
– Nous, les personnes LGBT+, existons au sein du HDP depuis le tout début, nous avons participé à sa création. Ce serait impossible de mener ces combats au sein d’autres partis ou groupes parlementaires. Le HDP est le premier parti qui, dans un contexte difficile, a milité aussi clairement pour les droits des personnes LGBT+, et ces combats sont toujours inscrits dans nos programmes.

 

M – Comment se passe votre campagne sur le terrain ? Quelles réactions observez-vous ?
H.A – La campagne à Edirne se passe bien, nous sommes bien meilleurs que dans le passé. Edirne est l’une des villes les plus laïques du pays, et il y a un soutien important aux partis laïques. (Dans la législature sortante, deux députés sur trois de la province d’Edirne étaient issus du CHP, le parti kémaliste laïque, le troisième est membre de l’AKP, le parti islamiste du président Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2002, ndlr). Mais il y a aussi des groupes islamistes, et ce sont ces groupes qui me préoccupent. J’ai été la cible de messages haineux, notamment sur les réseaux sociaux.

Bien sûr, je suis aussi soutenu par les mouvements LGBT+, bien que certains ont critiqué mon choix d’être candidat à Edirne. Et, surtout, je suis soutenu par mon mari – bien qu’ils ne soient pas mariés, c’est comme ça que Hasan Atik désigne son compagnon.

 

M – Contre quelles discriminations vous battez-vous ?
H.A
– Ma priorité est de soutenir les personnes qui vivent avec le VIH ou le SIDA dans leur accès aux soins, qui pose de nombreux problèmes aujourd’hui. Je veux faire de cette question un vrai sujet de débat. Ma seconde priorité, c’est l’éducation à la santé sexuelle, dans les écoles mais aussi les facultés de médecine, où la formation sur ces questions est encore insuffisante. C’est primordial pour lutter contre la discrimination et la stigmatisation des personnes séropositives. Il y a aussi un énorme problème de discrimination dans l’accès à l’emploi, c’est un autre point capital de ma campagne. De nombreuses personnes perdent leur travail lorsque leur statut sérologique est connu, et l’accès à l’emploi est le sujet le plus important pour les personnes qui vivent avec le VIH ou le SIDA.

M – Vous vous battez sur plusieurs fronts à la fois pour des objectifs qui semblent bien loin de la situation actuelle. Êtes-vous réellement optimiste ?
H.A – J’étais le premier défenseur des droits des personnes séropositives à faire mon coming out et depuis lors, j’essaie de donner de la visibilité à cette lutte. C’est l’objectif de ma campagne : ma candidature incarne la question du VIH et je veux fournir cet espace de débat et d’expression pour améliorer les politiques à destination des personnes séropositives. Nous ne promettons pas que nous parviendrons à faire tout ce que nous voulons faire, parce que c’est un processus à long terme. Mais j’essaie de provoquer la discussion sur les politiques relatives aux personnes qui vivent avec l’infection pour améliorer leurs conditions de vie.

 

Propos recueillis par Sofiane Zaizoune

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