« Depuis la révolution islamique, le Hezbollah est la seule “success story” de la politique étrangère iranienne. »

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Didier Leroy est chercheur à l’Institut Royal Supérieur de Défense et enseignant à l’Université libre de Bruxelles. Spécialiste du Moyen-Orient et du Hezbollah libanais, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Le Hezbollah libanais, de la révolution iranienne à la guerre syrienne aux éditions L’Harmattan.

 

Comment s’en sort le Hezbollah à l’issue des dernières élections législatives au Liban ?

Le Hezbollah s’est renforcé. Le gros dossier qui a préoccupé le Liban, c’est la guerre qui faisait rage en Syrie et depuis 2013, l’engagement militaire du Hezbollah au côté du régime syrien. Face à cette forme d’ingérence dans la politique syrienne, les détracteurs du mouvement ont crié au ras-le-bol généralisé de la population libanaise y compris au sein de la communauté chiite. Ce son de cloche n’était pas en phase avec les dynamiques libanaises plus réelles, le Hezbollah  semble en position de récolter les dividendes de la victoire militaire sous forme de bénéfice politique. Depuis 1992 et sa mutation en acteur politique, le « parti de Dieu » n’a pas été vorace. Il y a une constance en termes de sièges occupés au Parlement (entre 10 et 15). La véritable stratégie du Hezbollah consiste à permettre à ses alliés de devenir plus visible dans les instances politiques. Il est conscient que lorsque le politique et le religieux sont entremêlés, le premier pourrit le second. Le Hezbollah libanais veut gagner en influence sans se salir les mains au pouvoir.

Sur le conflit syrien, le « parti de Dieu » s’est renforcé ? Quels sont les rapports de force ?

Pendant de très nombreuses années, le régime syrien se projetait hors des frontières syriennes, il était extrêmement influent au Liban. Aujourd’hui, le paradigme s’est inversé, le régime n’est plus en position de se projeter, ce sont les acteurs régionaux comme le Hezbollah  libanais qui sont en Syrie. Thomas Pierret, spécialiste du Moyen-Orient parle de « bilatéralisme de levier » pour expliquer cette inversion.

En Syrie, le Hezbollah est présent avec un contingent de 8 000. Pour autant, il ne rentrera pas de Syrie, il y aura une réduction du nombre d’hommes, mais le « parti de Dieu » a un historique houleux avec le régime syrien. Il va maintenir dans la durée des éléments notamment pour la collecte de renseignements.

Quels sont les liens entre le Hezbollah libanais et l’Iran ?

Le lien qui les lie est extrêmement fort, la filiation est directe et assumée. Il suffit de regarder le drapeau du Hezbollah et le drapeau des Gardiens de la révolution iranienne, le premier a été calqué sur le second. En 1982, Khomeyni envoie 2 000 Gardiens de la révolution dans la plaine de la Bekaa pour créer une force paramilitaire. Néanmoins, aujourd’hui, la totalité des ressources humaines du Hezbollah sont des citoyens libanais qui ne sont pas Persans.  La spécificité du Hezbollah réside dans sa libanité. Il y a un lien fort d’un point de vue doctrinal, une source d’émulation dans le chiisme, dans le cas du Hezbollah c’est l’ayatollah Khamenei. Sur le plan militaire il y a un soutien organique et matériel de la part de l’Iran vers le Hezbollah notamment via la Syrie. Téhéran a besoin du « parti de Dieu » pour sa rhétorique anti-israélienne, et inversement, le Hezbollah est dépendant de l’aide financière et matérielle de l’Iran. Il y a un alignement complet avec Téhéran, une relation de dépendance mutuelle. Depuis la révolution islamique, le Hezbollah est la seule « success story » de la politique étrangère iranienne.

Y a-t-il des risques de nouvelle guerre entre Israël et le Hezbollah ?

Les risques existent, il y a un consensus auprès des observateurs pour dire que ce n’est qu’une question de temps. Ce n’est pas parce qu’on sort d’une période de longue accalmie qu’il n’y aura plus de conflit de grande ampleur. Depuis 2006, les deux camps se préparent à une revanche. Le Hezbollah s’est décuplé, il n’a cessé de construire des infrastructures militaires notamment souterraines. On peut s’attendre à des offensives sur le territoire israélien, des opérations maritimes ou encore au moyen de drones. Le Hezbollah est beaucoup plus sophistiqué, davantage prêt à surprendre son adversaire. De l’autre côté, l’État hébreu est dans la même logique. Il a investi dans des infrastructures, il a remodelé des unités de l’armée pour répondre à la menace spécifique du Hezbollah. Tsahal a fait construire un faux village libanais dans l’une de ses bases pour entraîner ses hommes à des opérations de guérilla urbaine. Il y a aussi eu le développement d’un bouclier anti-missile tripartite pour parer les missiles de courte, moyenne et longue portée.

Propos recueillis par Madjid Khiat


 

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