Libye : à la recherche des milliards de Kadhafi

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En Libye, le gouvernement de Tripoli vient de lancer des procédures de recouvrement à l’encontre de plusieurs États africains. Le Premier ministre Fayez el-Sarraj entend récupérer les sommes prêtées par le colonel Mouammar Kadhafi.

Les experts mandatés par Fayez el-Sarraj ont compté : 67 milliards de dollars. C’est la somme que le chef du gouvernement de Tripoli, reconnu par la communauté internationale comme représentant légitime du peuple libyen, entend récupérer auprès des chefs d’État africains. Cet argent provient de prêts, contractés auprès de Mouammar Kadhafi lorsque le “Guide” dirigeait la Libye.

« Les dates limites des remboursements sont dépassées, expliquait le ministre libyen des Affaires étrangères Mohamad Taha Siala, dans un entretien à RFI, mais enfin, il s’agit de prêts, c’est l’argent public. Cet argent est celui du peuple libyen. » D’importantes sommes empruntées auraient pu être conservées grâce à l’instabilité qui ronge la Libye depuis la chute de Kadhafi, en 2011.

L’Afrique du Sud, premier emprunteur de Kadhafi

De l’argent libyen, il y en a en Afrique du Sud. Reste à savoir combien. Les rumeurs vont bon train, bien au-delà des sommes revendiquées par le gouvernement de Tripoli. Erik Iskander Goaied, un homme d’affaires suédo-tunisien proche de Kadhafi qui recherche l’argent libyen depuis des années, affirme qu’il y aurait près de 400 milliards de dollars en liquide ou en lingots d’or en Afrique du Sud. 

Des sommes faramineuses contestées par Bachir Saleh, l’ancien directeur de cabinet de Kadhafi réfugié à Pretoria. D’autres experts estiment les avoirs libyens à une centaine de milliards de dollars. Pour l’instant, l’Afrique du Sud n’a accepté de rendre que 10 milliards à Tripoli, en 2013. 

En juin, un rapport d’experts mandatés par l’ONU affirmait pourtant que de l’argent avait été exfiltré d’Afrique du Sud. Les auteurs du rapport mentionnent un versement de 8 milliards de dollars vers le Kenya. Les deux banques par lesquelles l’argent aurait transité nient, et affirment ne pas avoir été contactées par les enquêteurs.

 

De l’argent liquide caché un peu partout

Dans leur rapport, les experts de l’ONU font aussi état d’argent liquide éparpillé un peu partout en Afrique. Ils parlent notamment de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, où 560 millions de dollars pourraient être dissimulés, en billets de 100, dans des coffres-forts.

Sans avancer de chiffres, le rapport affirme que de l’argent a aussi été entreposé au Ghana. Des sommes en liquide, disparues depuis 2016, auraient longtemps été stockées dans des caisses estampillées du logo du Comité international pour la protection des droits de l’homme, une ONG française. Ni les autorités ghanéennes ni l’association n’ont répondu aux experts onusiens.

D’autres pays apparaissent dans la liste du gouvernement libyen. La Tanzanie, la Zambie, la Côte d’Ivoire, le Niger ou le Sénégal sont classés parmi les mauvais payeurs.

 

Une question de survie pour Tripoli

L’enjeu est de taille pour Fayez el-Sarraj et son gouvernement. Sur le plan financier, d’abord, la chute de Kadhafi a fait chuter la production pétrolière et ses précieux revenus. Depuis peu, la Libye peut de nouveau exporter, mais dans des quantités infimes qui  « [ne répondent] pas aux besoins financiers de la Libye, » comme l’expliquait le ministre libyen des Affaires étrangères à RFI. Mais le processus, tout aussi juridique que diplomatique, sera aussi long que laborieux.

L’autre enjeu est politique. Le gouvernement de Tripoli est en sursis permanent depuis sa formation, sous l’égide de l’ONU, en 2016. S’il est reconnu par la communauté internationale, il ne contrôle que l’Ouest du pays. L’Est est aux mains du maréchal Khalifa Haftar. En rappelant ses débiteurs africains à l’ordre, le Premier ministre Fayez el-Sarraj entend peut-être aussi faire pression sur eux pour influencer la position de l’Union africaine (UA).

Car entre el-Sarraj et Haftar, les coeurs africains balancent. L’Algérie soutient le Premier ministre de Tripoli, mais L’Egypte et le Tchad sont très proches du maréchal, pour des raisons sécuritaires et militaires. S’il espère la réunification de son pays, Fayez el-Sarraj doit pouvoir s’appuyer sur l’ensemble de ses partenaires africains. Leur rappeler qu’ils lui doivent de l’argent pourrait se révéler utile.

Sofiane Zaizoune


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