Mondorient express (26 avril – 2 mai)

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C’est l’heure de faire le point sur l’actualité de la semaine au Moyen-Orient, du Maroc à la Turquie en passant par le Golfe et la Syrie.

 

Turquie

Abdullah Gül ne se présentera pas. L’ancien président turc ne sera donc pas candidat face à Erdogan.  Abdullah Gül, qui a dirigé le pays de 2007 à 2014, et qui a cofondé l’AKP, le parti au pouvoir, a fini par mettre fin aux spéculations. Il aura tout de même fallu attendre que le chef d’État-major des armées et le porte-parole de la présidence lui rendent visite chez lui, peut-être pour le dissuader de se lancer dans la course à la présidentielle. Quoiqu’il en soit, Abdullah Gül disait ne vouloir se présenter que si un consensus fort l’y appelait. Or, si les islamistes du Saadet, le parti de la Félicité, rêvaient d’en faire le candidat d’un front d’opposition uni, le parti Républicain du peuple (CHP, l’historique parti kémaliste et premier parti d’opposition) a nié toute ambition d’en faire un concurrent de Recep Tayyip Erdogan

 

 

Peu après l’annonce du retrait d’Abdullah Gül, quatre partis ont laissé entendre qu’ils présenteraient jeudi un autre candidat commun. Il y a fort à parier que Meral Akşener, l’ultra-nationaliste fondatrice du Bon parti, sera la figure de proue de ce front d’opposition au Reïs (« le chef, » surnom d’Erdogan).

 

Meral Akşener, la fondatrice du Bon Parti, fait ici le signe de ralliement des Loups Gris, des milices ultra-nationalistes turques. – Image Wikimedia Commons

 

Afghanistan

Vague d’attentats en Afghanistan. Le pays a été frappé par quatre attaques terroristes lundi, qui ont fait 37 morts au total.

La première a eu lieu à Kaboul, peu avant 8 heures du matin, devant le siège des services de renseignement afghan. Un deuxième kamikaze a quant à lui attendu que les journalistes viennent couvrir l’attaque pour, déguisé en photographe, se mêler à eux, et actionner ses explosifs. 25 personnes sont alors mortes, et 49 ont été blessées. L’Organisation État islamique a revendiqué le double-attentat.
Plus tard, en fin de matinée, un autre kamikaze a tué onze enfants à Kandahar, dans le Sud du pays, et un reporter afghan de la BBC a été assassiné par balles. Les deux dernières attaques n’ont, elles, pas été revendiquées.

 

 

Israël/Palestine

Netanyahou se met en scène. Si la mise en scène se voulait spectaculaire, le fond l’était un tout petit peu moins. Lundi 30 avril, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a présenté des documents prétendument récupérés par ses services secrets qui contiendraient des « preuves » de l’existence d’un plan secret de Téhéran pour se doter à tout moment de la bombe atomique. « Ce soir, nous allons vous montrer quelque chose que le monde n’a encore jamais vu, » a-t-il lancé en guise de préambule.
Bémol : toutes les informations présentées par M. Netanyahou comme tout à fait inédites et secrètes apparaissent en réalité dans un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique qui date de 2015. Le rapport détaillait le « projet Amad, » un plan de développement de l’arme atomique conduit par Téhéran de la fin des années 90’s à 2003, date de l’abandon du projet. Toutes ces informations étaient donc parfaitement publiques. Et, depuis, rien n’est jamais venu prouver que l’Iran avait violé les termes de l’accord international de 2015, par lequel il s’engage à ne pas développer l’arme atomique.

Benyamin Netanyahou dévoilant des documents dits secrets

Les puissance européennes signataires de l’accord se sont empressées de réagir pour déclarer que rien, dans les informations dévoilées par le Premier ministre israélien, ne justifiait de remettre l’accord en cause. Mais Benyamin Netanyahou s’adressait peut-être plutôt à Donald Trump : le président américain doit annoncer le 12 mai s’il maintient ou non Washington dans l’accord.

Discours polémique de Mahmoud Abbas. Pendant le discours de Benyamin Natanyahou, Mahmoud Abbas prenait la parole devant les délégués du Conseil national palestinien, le parlement de l’OLP, réunis à Ramallah. Une partie de son discours à la teneur antisémite lui a valu de très vives critiques de la communauté internationale. Le président palestinien a ainsi estimé que la haine des Juifs en Europe était dûe à « leur fonction sociale, qui était liée à l’usure, à la banque. » En clair : les Juifs ont été massacrés à cause d’eux-même. C’est en tout cas ce qu’ont entendu l’ONU, qui a condamné des propos « profondément troublants, » et l’Union européenne, pour qui « le discours […] contenait des remarques inacceptables. » Une autre partie de l’allocution de Mahmoud Abbas, dans laquelle il a assuré ne pas remettre en question la légitimité de l’État d’Israël, n’a visiblement pas suffi.

 

Maroc

Rabat expulse l’ambassadeur iranien. Le Maroc a annoncé lundi la fermeture prochaine de l’ambassade d’Iran à Rabat, et l’expulsion du représentant de Téhéran. Le Royaume accuse le Hezbollah d’avoir entraîné les indépendantistes sahraoui du front Polisario. Le ministre des affaires étrangères marocain Nasser Bourita a également remis une lettre de la main du roi Mohammed VI au secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres. Le roi du Maroc y condamne « fermement » ces « inacceptables provocations et incursions » dans ses affaires intérieures. De son côté, l’ONU a nié avoir observé quelque mouvement militaire que ce soit au Sahara occidental.

 

Syrie

L’enquête Lafarge avance. Le cimentier français est sous le coup d’une information judiciaire qui vise à éclaircir ses liens, notamment financiers, avec différents groupes armés en Syrie. Les trois juges d’instruction en charge du dossier ont identifié plusieurs modes de versement effectués par Lafarge aux groupes armés, dont Le Monde a récemment publié un compte-rendu. Lafarge est soupçonné d’avoir effectué des « donations » visant à assurer la sécurité de ses employés, payé une « taxe » à l’Organisation État islamique pour traverser les territoires qu’elle contrôlait, d’avoir acheté des matières premières et enfin d’avoir vendu du ciment à des hommes d’affaires liés à Daesh.

 

L’histoire de la semaine

Une femme nommée au conseil d’administration de l’Aramco. Lynn Laverty Elsenhans devient la première femme à rejoindre l’entreprise saoudienne, après avoir dirigé Sunoco, une raffinerie américaine, et chez Schell, où elle a officié pendant près de 30 ans. Sa nomination fait beaucoup de bruit en Arabie saoudite, où les femmes sont rares à occuper un poste de direction. Le gouvernement a récemment annoncé vouloir faire passer la part des femmes dans la population active de 22 à 30 % d’ici à 2030.

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