Mondorient Express (19 – 25 avril)

Une nouvelle semaine riche en actualité au Moyen-Orient. Pour s’informer ou pour réviser, voici le condensé des derniers jours, pays par pays.

 

Iran

L’accord sur le nucléaire en péril ? « Comment un commerçant, un marchand, un constructeur d’immeubles, un constructeur de tours peut-il émettre des jugements sur les affaires internationales ? » Cette pique d’Hassan Rohani, le président iranien, vise (est-il besoin de le préciser ?) Donald Trump, son homologue américain. Prononcée lors d’un discours à la télévision publique le 25 avril, elle fait suite à la volonté affichée par le président des Etats-Unis de se retirer de l’accord sur le nucléaire, signé en 2015 par son pays, l’Iran, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Chine et la Russie. Pour l’Iran et la Russie, pas question de toucher aux conditions actuelles. Le 24 avril, en visite d’État à Washington, Emmanuel Macron a lui évoqué « un nouvel accord avec l’Iran ». Donald Trump prendra sa décision le 12 mai.

Palestine/Israël

Quatre Palestiniens tués par des tirs israéliens à Gaza. Quatre Gazaouis ont été abattus par des soldats israéliens à la frontière entre la bande de Gaza et Israël. Ils manifestaient avec des dizaines de milliers de Gazaouis pour le quatrième vendredi consécutif, dans un mouvement de protestation appelé « Marche du Retour » : les participants manifestent le long de la frontière pour réclamer le droit de retourner sur les terres qu’ils ont (dû) quitter à la création de l’État d’Israël il y a 60 ans. Aux jets de pierre ou de pneus enflammés, les soldats de Tsahal répliquent par balles réelles. Depuis le début de la « Marche », 41 Palestiniens sont morts, dont deux journalistes.

 

Le gouvernement israélien renonce à l’expulsion de migrants africains. 42 000 migrants d’origine soudanaise et érythréenne entrés illégalement sur le territoire israélien étaient visés par un plan d’expulsion du gouvernement israélien. Ce dernier a annoncé y renoncer le 24 avril, après que la Cour suprême, saisie par des associations de défense des migrants, ait gelé le programme à la mi-mars, faute d’argumentaire légal fourni par le gouvernement. Le plan prévoyait de laisser trois options aux migrants : soit retourner dans leur pays d’origine, soit dans un « pays tiers » (mais le gouvernement n’a pas pu conclure d’accord avec d’autres pays pour les accueillir), soit la prison.

 

Turquie

Des élections avec 16 mois d’avance. Le président Recep Tayyip Erdogan a pris l’opposition de court en annonçant le 18 avril que les élections législatives et présidentielle se tiendraient le 24 juin, alors qu’elles étaient prévues pour novembre 2019. L’AKP, Son parti islamo-conservateur, s’est allié au MHP, parti nationaliste. En face : le Bon Parti, ultranationaliste, lancé à l’automne 2017 par l’ancienne ministre de l’Intérieur Meral Aksener, s’est lui associé aux kémalistes du CHP. Leur alliance pourrait empêcher l’homme fort de la Turquie d’emporter le scrutin présidentiel dès le premier tour. Erdogan est au pouvoir depuis 15 ans (Premier ministre puis Président). S’il est élu pour un autre mandat de 5 ans, sa longévité au pouvoir dépassera celle de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de l’État turc.

 

Yémen

Mort du leader des rebelles houthistes. Saleh Al-Sammad, le chef politique des insurgés yéménites, a été tué lors d’une frappe aérienne menée par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Les rebelles houthistes l’ont annoncé le 23 avril, et ont promis de venger la mort de leur « martyr ». Sa tête avait été mise à prix par le royaume wahhabite, avec 40 autres noms de responsables rebelles, pour un total de 440 millions de dollars. Al-Sammad a été remplacé par Medhi Hussein Al-Machat.

 

Des migrants africains torturés et violés. Un rapport de l’ONG Human Rights Watch dénonce le traitement de migrants détenus à Aden. En 2017, plus de 87 000 personnes ont débarqué au Yémen depuis la corne de l’Afrique. Ces migrants sont pour la plupart arrêtés et détenus dans des conditions inhumaines. Le rapport s’appuie sur le témoignage d’anciens détenus qui ont parvenu à s’enfuir. Ils dénoncent des viols et des tortures, sur des milliers d’hommes,  femmes et enfants.

 

Syrie

Légion d’honneur rendue. La Syrie a rendu la légion d’honneur attribuée à Bachar Al-Assad en 2001, quatre jours après que le gouvernement français ait entrepris la procédure de retrait de la médaille, suite aux frappes aériennes menées sur le territoire syrien. Damas a au passage qualifié la France « d’esclave » des Etats-Unis.

 

L’histoire de la semaine

Natalie Portman s’exprime contre le gouvernement israélien.  L’actrice israélo-américaine a refusé d’accepter en personne le prix Genesis (créé par des hommes d’affaires pour récompenser une personnalité pour son dévouement aux valeurs juives), parce que le Premier ministre Benjamin Netanyahou se serait exprimé à la cérémonie de remise. Elle a expliqué son choix dans une courte tribune postée sur Instagram. Tout en y affirmant « son attachement à Israël », elle dénonce « la maltraitance de ceux qui souffrent d’atrocités aujourd’hui », sans toutefois mentionner le nom des Palestiniens.