L’Arabie Saoudite, futur royaume du divertissement

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Cinémas, opéras, Cirque du Soleil, stations balnéaires…. Le royaume saoudien, si critiqué pour sa conception des Droits de l’Homme, se paye un ravalement de façade général. Une ouverture occidentale sans précédent chez les Saoud. Avec, comme meilleur ambassadeur, l’omniprésent prince héritier Mohamed ben Salman. 

La première tournée du prince héritier Mohamed ben Salman aura duré un peu plus d’un mois. Après l’Égypte et la Grande-Bretagne, « MBS » a sillonné les quatre coins des États-Unis pendant deux semaines, avant d’atterrir à Paris. Une vaste opération séduction prévue de longue date pour  signer des « partenariats stratégiques » dans le secteur culturel, objectif annoncé du royaume.

Le septième art, priorité numéro un

Ce mercredi 18 avril 2018 restera une date marquée dans bon nombre de mémoires de jeunes saoudiens, qui représentent 70% de la population totale de l’Arabie Saoudite. Ce 18 avril va ouvrir la première salle de cinéma dans le pays. La première depuis leur interdiction par les religieux wahhabites il y a près de 40 ans. La salle va ouvrir dans la capitale, Riyad, projettera le blockbuster Black Panther et sera gérée par le géant américain AMC.

Le prince héritier Mohamed ben Salman, accompagné du fondateur de Google, Serguey Brin, à Mountain View en Californie.

Tout sauf une coïncidence, tant le prince héritier a passé de temps à signer des contrats à Hollywood. Après AMC, Ben Salman a rencontré d’autres noms prestigieux  du cinéma américain :  Disney,  20th Century Fox, Warner Bros., Universal, ou encore le réalisateur James Cameron et l’acteur et producteur Dwayne Johnson (The Rock). Le cap est mis sur l’industrie des loisirs, à forte consonance américaine.

L’honneur du Festival de Cannes

Après cette première salle de cinéma, 40 autres devraient suivre  dans les cinq ans, et même 350 autres à l’horizon 2030. Car on parle bien ici de l’horizon 2030, où plutôt de la « Vision 2030 » , du nom du plan imaginé par Mohamed ben Salman pour moderniser le royaume et sortir du tout-pétrole.

Outre certaines réformes sociales comme la fin de l’interdiction de conduire aux femmes ou la suppression de la Mouttawa (police des mœurs), « Vision 2030 » prévoit surtout de diversifier l’économie du pays pour réduire sa dépendance au pétrole. Parmi les dépenses, pas moins de 64 milliards de dollars sont destinés à l’industrie des loisirs et du divertissement.

L’Arabie Saoudite va connaître sa grande ruée vers la culture occidentale, comme l’ont connu avant elle ses voisins qataris ou émiratis. MBS a rencontré de nombreux acteurs culturels français. Il n’est pas question d’ouvrir un musée comme le Louvre d’Abu Dhabi mais cette fois-ci de créer un opéra à Jeddah et de mettre sur pied un orchestre de classe mondiale.

Pour l’accompagner dans son projet, le prince saoudien a reçu l’aval la ministre de la Culture  Françoisse Nyssen, séduite, pour qui « c’est par la culture que les peuples peuvent se comprendre ». Autre grand soutien de l’ouverture saoudienne, le délégué général du Festival de Cannes Thierry Frémaux : « La participation du Conseil du Film Saoudien à l’édition 2018 du Festival est un excellent moyen d’ouvrir des opportunités à l’international pour ces talents créatifs. »

Après le tourisme religieux, le tourisme de masse ?

Le Hajj attire tous les ans des milliers de musulmans à Jeddah et à la Mecque. Un tourisme lucratif, car les deux tiers des 2 millions de pèlerins sont étrangers et viennent de l’ensemble du Moyen-Orient, d’Asie et d’Afrique. L’Arabie Saoudite a, au fur et à mesure, déployé les grands moyens pour accueillir un tel événement tous les ans. Le plus grand hôtel du monde sera érigé à la Mecque. Le Abraj Kudai Hotel et ses 10 000 chambres symbolise la démesure de la famille royale qui transforme les lieux saints en un nouveau Las Vegas.


Le projet « Vision 2030 » comporte pourtant un autre chantier pharaonique, lui aussi côté Mer Rouge. Une immense station balnéaire futuriste va être construite à partir de 2019. Le projet sobrement baptisé « Red Sea Project » prévoit de transformer plus d’une cinquantaine d’archipels en un véritable paradis touristique d’une taille supérieure à celle de la Belgique. Le tout pour 500 milliards de dollars, soit le PIB de la Suisse.

Les premiers touristes sont attendus pour 2030 sur les plages de l’Ouest saoudien. Mais si le « Red Sea Project » ne cache pas son ambition architecturale ultra-moderne, il se veut aussi une vitrine du renouveau de la société saoudienne. Ainsi, une zone touristique exceptionnelle sera créée, permettant à la fois aux touristes de se présenter sans visas mais aussi aux étrangères de se baigner en bikini, jusque-là interdit dans le royaume wahhabite.

Noé Hochet-Bodin


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