Mascarade électorale en Egypte

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La maréchal Abdel Fattah Al-Sissi se présente aux élections présidentielles, dont le vote commence aujourd’hui et se finira mercredi. Un second mandat quasiment déjà joué d’avance. Élu à presque 97% en 2014, le résultat devrait être le même jeudi, à cause d’une opposition muselée et d’un seul concurrent fantoche. Une élection qui devrait confirmer la poigne du maréchal sur la société égyptienne.

Pour humer le climat politique en Égypte à quelques jours des élections, il suffit de regarder le déroulé de ce samedi 24 mars. Dans la même journée, un chef de la sécurité d’Alexandrie est visé par un attentat, une reporter anglaise est arrêtée puis expulsée du pays, et la justice égyptienne annule une condamnation contre l’ancien président Hosni Moubarak pour avoir coupé les communications pendant la révolution de 2011. Un samedi « ordinaire » en somme.

Ordinaire donc, tant le maréchal-président Al-Sissi a muselé toutes formes d’opposition intérieure et extérieure. Il avait commencé en 2013 par se débarrasser des Frères musulmans et de la frange islamiste de la société. Il y a encore deux semaines, le tribunal militaire de Gizeh a condamné 10 terroristes à mort. Pendant ce temps-là, le seul président égyptien démocratiquement élu Mohamed Morsi croupît toujours en prison au Caire.

 

Après les Frères musulmans, ce sont les libéraux qui ont payé le prix de la répression du maréchal. Le pouvoir égyptien est parti en croisade contre les « fake news ». En vérité, c’est une véritable chasse aux sorcières qui a eu lieu, ou plutôt chasse aux journalistes, qu’ils soient égyptiens ou étrangers. 500 sites internet ont été bloqués dans le pays depuis mai 2017, selon l’Association pour la liberté de pensée et d’expression. Parmi les médias visés, la chaîne qatarie Al-Jazeera, le site libéral Mada Masr, ou encore le journal libéral Daily News Egypt.

Un opposant “fantoche”

Moussa Mostafa Moussa, 65 ans, seul candidat concurrent lors de l’élection présidentielle en Égypte

Comme en 2014, le maréchal Sissi ne sera défié par un seul opposant. Face à lui, Moussa Mostafa Moussa, 65 ans, architecte et homme politique méconnu de la plupart des Égyptiens. Certains ne sont même pas au courant de sa candidature, tant les affiches et les écrans géants relayant les slogans du maréchal Al-Sissi sont omniprésents dans les villes égyptiennes.

« Farce », « plébiscite », « mascarade électorale », « candidat fantoche. » Ces termes reviennent avec insistance tant la présence de Moussa Mostafa Moussa semble orchestrée par le pouvoir. En effet, cet ancien fervent partisan d’Al-Sissi a rendu sa candidature au tout dernier moment, pour ne pas laisser le maréchal seul prétendant à sa propre succession et pour « équilibrer le scrutin » selon ses mots. Sans surprise, le jour même du dépôt de sa candidature, une page Facebook au nom de Moussa Mostafa Moussa arborait encore une photo du président Sissi, qui a disparu ensuite.

Muselés

En réalité, ils étaient plusieurs à vouloir contester l’hégémonie de Sissi. Cinq candidats malheureux. Tous ont été évincés. Parmi eux, une vraie menace pour le maréchal ; l’ancien chef d’état-major Sami Anan, dont les quelques jours de campagne ont fait trembler le pouvoir. Bien que lui-même militaire et proche de Sissi, Sami Anan a violemment critiqué le manque de liberté dans le pays. Des hommes masqués l’ont fait sortir de force de sa voiture. Il est actuellement poursuivi par la justice égyptienne pour avoir falsifié ses papiers militaires.

En l’absence donc d’opposition crédible, les témoignages des Égyptiens montrent leur dépit et leur résignation. Ils sont, selon eux, incapables de changer le cours de cette mascarade. Et le tournant répressif et autoritaire d’un régime qui craint les mouvements sociaux ne permet pas à d’éventuels manifestants de descendre dans la rue pour crier leur ras-le-bol.

La seule équation qui puisse empêcher un plébiscite, c’est le taux de participation. En 2014, après deux jours de scrutin, seulement 37% des électeurs s’étaient rendus aux urnes. Le pouvoir avait alors décidé de prolonger le scrutin d’une journée pour atteindre les 47%. Cette année, le vote durera trois jours.

 

 Noé Hochet-Bodin


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