Mondorientexpress (8 – 14 mars)

Une nouvelle semaine riche en actualité au Moyen Orient. Pour s’informer ou pour réviser, voici le condensé des derniers jours, pays par pays.

Turquie – Syrie

Afrine est sur le point de tomber. C’est ce qu’a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan mercredi, avant que son gouvernement ne rectifie. Afrine était en fait sur le point d’être entièrement encerclée, et non pas prise, par les forces turques de l’opération Rameau d’olivier. Pure propagande pour les chefs kurdes, qui admettent tout de même qu’une seule et dernière route, lourdement bombardée, mène encore à Afrine. Depuis une semaine, les quelque 350 000 personnes qui vivent dans la ville kurde du nord de la Syrie manquent d’eau, d’électricité et de médicaments. De très nombreux villages de la périphérie d’Afrine sont déjà tombés sous contrôle turc depuis le déclenchement de l’opération, le 20 janvier dernier.  Avec l’aide des combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), la Turquie entend chasser de la zone frontalière les milices kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), le bras armé du Parti de l’union démocratique (YPD), qu’elle considère comme terroristes. Les YPG, qui ont été de précieux alliés de l’Occident contre les djihadistes, ont demandé l’aide des forces régulières syriennes pour faire face à l’armée turque. Ankara, elle, menace de se diriger ensuite sur Manbij, une autre ville de la région contrôlée par les Kurdes. Dans un récent entretien au journal Le Monde, François Hollande s’est ému des bombardements turcs et appelé les États démocratiques à prendre leur responsabilité. À Paris, à Rennes et dans d’autres villes d’Europe, des manifestations ont eu lieu pour appeler à s’opposer à l’opération Rameau d’olivier. 

Ankara, Damas et les Kurdes : vers un rapprochement turco-syrien ?

 

Palestine

Une attaque à la bombe. Une tentative d’attentat a visé le premier ministre palestinien, Rami Hamdallah, mardi 13 mars. L’attaque, qui n’a fait aucun mort, a visé le convoi du premier ministre lors de sa visite dans la bande de Gaza. Le Fatah, le parti du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, a accusé le Hamas de n’avoir pas su remplir son rôle et assurer la sécurité dans la bande de Gaza. Il lui a demandé de diligenter une enquête. L’attaque survient alors que les deux partis travaillent depuis octobre dernier à se réconcilier pour reconstituer l’unité politique palestinienne. Rami Hamdallah a poursuivi sa visite après la tentative d’attentat, et il s’est notamment rendu sur le site d’une centrale de traitement des eaux usées. Attendue depuis une douzaine d’années,  la construction de la station d’épuration a notamment été retardée par  les blocus israéliens qui pèsent sur la bande de Gaza, empêchant l’acheminement de matériaux.

Syrie

La Ghouta toujours sous les bombes. Malgré une résolution votée à l’ONU, qui prévoyait une trêve et un accès sûr de l’aide humanitaire à la Ghouta, l’enclave rebelle à l’est de Damas est toujours lourdement pilonnée par les aviations russe et syrienne. Lors d’une réunion du conseil de sécurité de l’ONU lundi 12, le secrétaire général des Nations-Unies Antonio Guterres a déploré que « depuis ce vote, les bombardements sur la Ghouta se sont intensifiés. » L’ambassadeur français auprès de l’ONU, François Delattre, a quant à lui pointé la responsabilité de Moscou, qui a selon lui le pouvoir de faire arrêter ce bain de sang » et « de convaincre le régime […] d’arrêter cette offensive terrestre et aérienne. » Lancée il y a un mois, l’offensive du régime syrien sur la Ghouta a déjà fait plus de 1 000 morts, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), dont 240 enfants, et près de 4 500 blessés. Un millier de personnes attendent par ailleurs une évacuation médicale d’urgence.

 

L’histoire de la semaine 

Un voyage catastrophique à Londres. Le prince héritier d’Arabie saoudite Mohamed Ben Salmane (MBS), était récemment en visite à Londres. L’enjeu était de taille : Riyad doit accélérer la privatisation de l’Aramco, la puissante compagnie pétrolière nationale. Outre les nombreuses parts accessibles aux investisseurs étrangers, l’Arabie saoudite doit choisir la place financière à laquelle l’Aramco sera cotée en bourse. Et Londres espère bien que ce sera elle. De son côté, MBS entendait travailler son image de leader crédible à l’international. Seulement voilà, le prince héritier d’Arabie saoudite a été accueilli par une volée de critiques, à tous les niveaux. Une manifestation s’est tenue le 7 mars à Londres pour protester contre sa venue, soutenue par des défenseurs des droits de l’Homme et même par 17 députés, auteurs d’une pétition. Le texte réclame la fin des ventes d’armes britanniques à l’Arabie saoudite, pointée du doigt pour sa désastreuse campagne au Yémen. Le conflit yéménite, qui s’enlise depuis trois ans, a récemment été qualifié de « pire crise humanitaire » du moment par l’ONU. De graves famines ravagent le pays, où des épidémies disparues ont refait surface. L’image de MBS n’est, apparemment, pas près d’être redorée.