L’insulte, miroir de la société libanaise

 -  -  15


 

Le film de Ziad Doueiri, sélectionné aux Oscars dans la catégorie “meilleur film en langue étrangère”, met en lumière les haines, héritées de la guerre civile, qui déchirent le Liban. L’insulte nous plonge dans une société au bord de l’implosion où une simple dispute mobilise la population et finit devant les plus hautes instances de l’Etat.

Les temps sont durs, tout le monde est en colère.” Cette phrase prononcée dès le début du film plante le décor. Tout part d’une histoire de gouttière non réglementaire. Yasser, réfugié palestinien, dirige un chantier dans un quartier chrétien de Beyrouth. Alors qu’il veut réparer une gouttière, Tony, Libanais chrétien nationaliste, s’oppose violemment à lui. De colère, Yasser l’insulte. Cette insulte, qui partout ailleurs serait un événement mineur, devient une histoire d’Etat.

Yasser ne veut pas s’excuser. Tony lâche : “Sharon aurait dû tous vous exterminer”. Une phrase que le réalisateur a admis avoir prononcée lors d’une dispute qui lui a inspiré le film. En quelques mots, il fait remonter toutes les rancoeurs sous-jacentes de la société libanaise. Dans un pays qui n’a pas fait de travail de mémoire et de réconciliation après la guerre civile, les haines sont tenaces. L’histoire récente du Liban est marquée par plusieurs massacres (Damour, Sabra et Chatila…) et de nombreuses familles en gardent encore les marques.

Ziad Doueiri ne se prononce en faveur de personne, au contraire. Il s’emploie à montrer que les souffrances sont légitimes de chaque côté. Réfugiés palestiniens comme Libanais chrétiens sont des victimes. Pour autant, le film n’est pas impartial. Le personnage de Tony peut d’abord paraître très antipathique, mais ce sentiment est contrebalancé par l’explication de son passé. Comme le réalisateur l’explique lui-même, le film “est partial mais il change de point de vue partial tout au long de l’histoire”.

L’insulte est un film brut. Il plonge sans détours les spectateurs au coeur de haines ancrées profondément dans la société libanaise. Mais la force du film est de donner une lueur d’espoir. Au fil du procès et des affrontements, les rancoeurs semblent s’apaiser. C’est une impression ténue, née de quelques silences, de regards échangés et de demi-sourires. Mais cela suffit au réalisateur pour dire que la réconciliation n’est pas impossible.

Dune FROMENT


15 recommended
86 views
bookmark icon