Mondorient express (24-31 janvier)

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Une nouvelle semaine riche en actualité au Moyen Orient. Pour s’informer ou pour réviser, voici le condensé des 10 derniers jours, pays par pays.

Arabie saoudite

Appel à suspendre Riyad du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Mardi 30 janvier, deux avocats britanniques, Ken Macdonald et Rodney Dixon, ont remis une demande pour suspendre l’Arabie Saoudite du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. En cause : ils reprochent au régime des Saoud les arrestations arbitraires de plus de 60 personnes,  « détenues » ou « disparues » depuis septembre 2017. Ils indiquent fournir « des preuves que ces arrestations violaient le droit saoudien et international » et affirment détenir des informations sur les conditions de détention des individus, victimes notamment de « mauvais traitements et de torture ».

Purge anticorruption : la majorité des suspects libres. Mardi 30 janvier, Le procureur général d’Arabie saoudite, Saoud Al-Mojeb, a annoncé que sur les 381 suspects interrogés dans le cadre d’une campagne anticorruption lancée le 4 novembre dernier, 56 étaient toujours maintenus en détention. Les personnes libérées retrouvent leur liberté pour cause d’accusations « pas suffisamment fondées » ou grâce aux arrangements trouvés avec les personnes accusées de corruption. Les 56 personnes toujours détenues se sont vues refuser l’arrangement proposé « en raison d’autres dossiers criminels en cours ».

Yémen 

Les séparatistes s’emparent d’Aden, la deuxième ville du pays. La fin est proche. Mardi 30 janvier, les forces du Conseil de transition sudiste (CTS), soutenu par les Émirats arabes unis, ont pris le contrôle de la quasi-totalité d’Aden, la capitale provisoire du pays, après trois jours d’affrontements face aux forces gouvernementales. Le premier Ministre Ahmed ben Dagher et son gouvernement avaient trouvé refuge à Aden, la deuxième ville du pays après la prise de la capitale Sanaa par les rebelles houtistes. Le président Abd Rabbo Mansour Hadi est lui exilé à Riyad, en Arabie Saoudite.

Syrie 

L’offensive turque se poursuit à Afrin. Depuis le 20 janvier, les forces militaires turques, faisant fi des critiques internationales, ont lancé une offensive sur le bastion kurde d’Afrin. Soutenues par le groupe rebelle syrien combattant sous la bannière de l’Armée syrienne libre (ASL), les forces turques ont également vu arriver le soutien du groupe djihadiste syrien Tahrir Al-Cham (ex Front al-Nosra). Le régime syrien a réagi à l’offensive, arguant d’une « agression brutale ». Pourtant, le risque d’un conflit syro-turc direct a peu de chances d’arriver. « Le scénario le plus probable, c’est que le régime et les Kurdes négocient un compromis, qui débouche sur l’arrêt de l’attaque turque et le redéploiement de l’armée syrienne dans la zone d’Afrin », prédit au Monde Sinan Hatahet, analyste au think tank Omran, réputé proche de l’opposition syrienne. Emmanuel Macron a lui mis en garde Ankara contre une « invasion » en Syrie.

Russie 

Sommet houleux sur la Syrie à Sotchi. Alors que son organisation l’avait déjà réduite à une petite journée, le Congrès national du dialogue syrien à Sotchi (Russie), qui s’est déroulé le 30 janvier, n’a pas abouti aux négociations espérées par le Kremlin et ses voisins turcs et iraniens, organisateurs. Boycotté par l’opposition syrienne, arrivé puis repartie devant les drapeaux syriens dans la ville, les Kurdes, qui subissent une offensive du régime à Afrin, et les Occidentaux, le sommet n’a pu proposer une discussion constructive, entachée par les tensions existantes. « Les discussions ont été intenses, c’est normal en démocratie, tout à fait normal », a déclaré l’émissaire des Nations unies, Staffan de Mistura, à l’issue du sommet.

Palestine 

Donald Trump durcit les négociations face aux Palestiniens. Situation toujours tendue entre Donald Trump et les Palestiniens. Alors que le président des États-Unis a généré la fronde des Palestiniens depuis la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, il a menacé jeudi 25 janvier de suspendre l’aide des Etats-Unis à la Palestine en cas d’absence à la table des négociations avec son voisin. Irrité par l’absence des Palestiniens lors de la récente visite du vice-président Mike Pence, Donald Trump tente de mettre la pression. « Ils nous ont manqué de respect il y a une semaine en n’autorisant pas notre grand vice-président à les rencontrer, alors que nous leur donnons des centaines de millions de dollars d’aide, des chiffres ahurissants, des chiffres que personne ne comprend ». Réponse des Palestiniens : « Refuser de rencontrer votre oppresseur, ce n’est pas manquer de respect, c’est se respecter soi-même », a déclaré Hanane Achraoui, dirigeante de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Le chef du Hamas placé sur la liste noire américaine des « terroristes »Ismaïl Haniyeh, le chef du mouvement palestinien Hamas, a été inscrit mercredi 31 janvier par les Etats-Unis sur la liste noire des « terroristes », comme l’a annoncé le département d’État américain. Selon le secrétaire d’État Rex Tillerson, Haniyeh, qui contrôle la bande de Gaza avec le Hamas, « menace la stabilité au Moyen-Orient » et « sape le processus de paix » avec Israël. Rappelons que le Hamas est considéré par les États-Unis comme une « organisation terroriste étrangère » depuis 1997. Cette décision intervient au moment où le Hamas a conclu un accord de discussion avec le Fatah dirigé par Mahmoud Abbas, alors que Donald Trump a lui récemment reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, provoquant l’ire des Palestiniens.

Turquie 

Erdogan s’apprête à lancer le « canal Istanbul ». Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé commencer prochainement la construction du « canal Istanbul », une nouvelle voie maritime artificielle de 45 km qui relierait, dans la partie européenne, la mer de Marmara à la mer Noire parallèlement au Bosphore, plus à l’est. Le président turc espère désengorger le Bosphore de son trafic maritime, qui comptait 42 000 passages annuels en 2016. Selon les documents fournis, le canal sera profond de 25 mètres, pour une largeur variant entre 250 et 1 000 mètres. Le projet devrait être achevé en 2023, date du centenaire de la fondation de la République par Mustafa Kemal Atatürk. Le projet aurait un coût estimé à plus de dix milliards d’euros.

 

L’histoire de la semaine :

En Iran, des femmes retirent leur voile en public pour protester contre le pouvoir

La scène se déroule à Téhéran, le 29 janvier dernier. Au croisement d’une rue, une femme monte sur un bloc et délace son foulard de ses cheveux. Narges Hosseini, en bafouant l’obligation pour les femmes de se couvrir le corps depuis 1979, s’est rendue illégale. Mais elle a aussi fait naître une contestation inédite. Elle a été suivie le lendemain par un jeune homme, agitant comme elle un foulard blanc en signe de solidarité. Le 31 janvier, dans la très pieuse ville de Machhad, une femme, arborant pourtant un tchador noir, brandit à son tour un foulard noir. Ces actions font suite à celle de Vida Mohammed, qui avait enclenché ce mouvement le 27 décembre dernier. Largement relayé sur les réseaux sociaux, le mouvement tente désormais de faire libérer Narges Hosseini, arrêtée puis envoyée en prison. Une caution de 500 millions de tomans, soit 90 000 euros, a été requise contre sa libération.

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