Trois livres pour faire le bilan des printemps arabes

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Sept ans après les printemps arabes, certains auteurs proposent une lecture à froid des révolutions de 2011. Mondorient vous en a sélectionné trois. Dans  “Généraux, gangsters, et jihadistes : histoire de la contre-révolution arabe”, Jean-Pierre Filiu met l’accent sur le retour en force des logiques sécuritaires. Avec “Géopolitique du printemps arabe, Frédéric Encel propose une analyse géopolitique des effets des révolutions sept ans plus tard. Enfin Hatem Nafti, dans “Tunisie, dessine moi une révolution”un ouvrage un peu moins récent, dresse un portrait de la Tunisie en transition à travers les témoignages de 25 Tunisiens engagés. 

 

  • “Généraux, gangsters, et jihadistes : histoire de la contre-révolution arabe”, Jean-Pierre Filiu (2018)

 

Évoquant principalement le renversement en Égypte de Mohamed Morsi par le général al-Sissi en 2013 et la volonté de Bachar al-Assad de se maintenir au pouvoir malgré les revendications et la guerre, Jean-Pierre Filiu s’intéresse dans cet ouvrage à ce qu’il appelle la “contre-révolution” sécuritaire qui a suivi les printemps arabes. Une contre-révolution répressive menée de concert par une triade implacable qui donne son nom à l’essai, “Généraux, gangsters, et jihadistes”.

 

Décrivant le retour en force des logiques militaires, l’auteur compare leurs régimes à celui des Mamelouks. Ces esclaves affranchis ont formé des milices au service de différents souverains arabes, avant de prendre le pouvoir à leur tour, entre 1260 et 1516.

 

Il éclaire le processus de construction historique de ces appareils sécuritaires, depuis les premiers putschs post-indépendances, et les ressorts de leur puissance. En Égypte, ils bénéficient d’une opportunité que l’auteur juge historique : celle des aides extérieures transférées dans le cadre de la “guerre globale contre le terrorisme”, selon la terminologie de Washington. Un intérêt qui irait jusqu’à expliquer la prolifération des jihadistes en Égypte, selon l’auteur. Un point de vue forcément partial, mais qui a le mérite de documenter les mécanismes de domination.

 

  • “Géopolitique du printemps arabe”, Frédéric Encel (2017)

 

Dans ce livre, Frédéric Encel revient sur les raisons qui ont poussé les populations arabes dans les rues en 2011. Partant, il dresse en état des lieux sept ans plus tard, en répondant à des questions simples : comment Bachar al-Assad a-t-il pu se maintenir au pouvoir ? Quel est le rôle des grandes puissances en Syrie ? Comment s’exprime la fracture sunnites-chiites dans le monde post-révolution ? Comment expliquer la rupture entre l’Égypte et le Qatar ?  Dans une perspective géopolitique, l’auteur fait le constat d’un monde arabe davantage fragmenté qu’avant 2011, et juge l’influence de la région affaiblie au niveau mondial.

 

  • “Tunisie, dessine moi une révolution”, Hatem Nafti (2015)

 

Hatem Nafti se place du point de vue de la population. Compilant les témoignages de citoyens tunisiens, il tente d’explorer ce que la révolution a représenté pour eux. Espoir, déception, lenteurs du processus : l’auteur revient sur la longue transition démocratique à travers les yeux de 25 citoyens qui racontent “leur” révolution. Société civile, jeunes, militants historiques, mais aussi des citoyens anonymes comme des membres de la famille des révolutionnaires tués. A travers chacun de ces témoignages, l’auteur présente de multiples facettes de cette Tunisie post-révolution.

Mahaut Landaz


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