Opposition syrienne, retour sur un parcours chaotique

Avant d’être une guerre entre les puissances de la région, les événements en Syrie opposaient une partie de la population et le régime de Bachar al-Assad.  Sept ans après, que sont devenus les révolutionnaires syriens ?

Vendredi 15 mars 2011, après plusieurs tentatives de manifestations, des rassemblements ont lieu en Syrie. Trois jours plus tard, deux manifestants sont tués par les forces de l’ordre au cœur du berceau de la contestation, à Deraa dans le Sud du pays. C’est le début de ce qu’on appelle la « révolution syrienne ».

Les manifestants ne sont pas encore des combattants armés. Au début, ils demandent davantage « de dignité ». «Le peuple veut la chute du régime », scandent-ils. Ils choisissent même leurs slogans en votant sur leur page Facebook « Syrian Revolution 2011 ». Mais contrairement à Hosni Moubarak ou Zine el-Abidine Ben Ali, Bachar al-Assad ne tombera pas. Le président syrien met en œuvre une répression contre tous ses opposants. Les forces de l’ordre tirent à balles réelles, tuant et blessant les manifestants un peu partout dans le pays.

Manifestation à Idleb en 2012. // FreedomHouse

Après trois mois de contestation, les opposants au président Bachar al-Assad s’organisent et prennent les armes. « Au début, c’était pour protéger les manifestations, et ça s’est développé contre l’armée, ça s’est envenimé », explique Wassim Nasr, journaliste à France 24.

Militarisation de l’opposition syrienne

Le 29 juillet, l’Armée syrienne libre (ASL) voit le jour, créée par des militaires ayant fait défection comme Riyad al-Assad. Le conflit entre dans une nouvelle phase : le début de la guerre civile syrienne. « L’Armée syrienne libre reste un label, un rassemblement de factions, il n’y a jamais eu une vraie armée telle qu’on peut l’entendre, c’est-à-dire  avec un seul commandement et des

Blason de l’une des factions de l’ASL. // Wikimedia commons

régiments », tempère Wassim Nasr. Au début, l’ASL ne compte que 13 000 hommes. Mais en mars 2012, un an après le début de la révolte, ces forces réunies rassemblent 60 000 soldats, près de la moitié des forces anti-Assad. Parallèlement, l’opposition politique se structure. Le Conseil national syrien (CNS) est créé à l’étranger, encouragé par le président français François Hollande. L’ASL devient l’organe militaire du CNS.

L’Armée syrienne libre compte plusieurs dizaines de factions différentes. Elle regroupe forces armées islamistes et laïques. Les soldats de l’opposition sont entraînés et soutenus dès 2012 par la Turquie voisine.

Les groupes modérés affaiblis

Malgré le soutien turc, l’ASL perd progressivement de son influence en Syrie. Certains opposants choisissent de rejoindre des organisations islamistes. Ces dernières ont plus de moyens et sont parrainées financièrement par l’Arabie saoudite et le Qatar. « Les rebelles modérés sont plus faibles, petit à petit les islamistes ont pris le pas, puis les djihadistes. Il y a plusieurs raisons qui expliquent cet échec : le financement, la qualité de l’armement, de l’entraînement et même la cohérence idéologique », analyse Wassim Nasr. L’émergence du Front al-Nosra, filiale syrienne d’Al-Qaïda, met à mal les opposants laïques de la première heure. Interrogé par le journal Le Monde en mars 2016, l’ancien commandant de l’ASL Jamal Maarouf s’inquiétait déjà de la puissance du groupe djihadiste : « Les chefs actuels de l’ASL sont obligés de composer avec Nosra, qui prélève une partie de l’aide militaire et humanitaire qui leur est envoyée. »  La montée en puissance de l’Organisation État islamique en 2013 a anéanti les ambitions de l’ASL et des factions qu’elle comprend.

Des négociations compliquées 

Il n’est aujourd’hui pas possible de savoir ce que représente concrètement sur le terrain l’opposition modérée. « L’opposition est beaucoup plus fragmentée qu’en 2011, elle l’était déjà à l’époque », détaille le journaliste de France 24. L’Arabie saoudite a tenté à plusieurs reprises de réunir l’opposition sous la même bannière, mais cela reste mission impossible au vu des dissensions idéologiques de chacun.

Des négociations autour d’un « Congrès de dialogue national » doivent s’ouvrir les 29 et 30 janvier prochain, mais quarante groupes syriens de l’opposition refusent de s’y rendre. Ils ont expliqué dans un communiqué qu’ils rejetaient « totalement la tentative de la Russie de contourner le processus de Genève ». Un processus de Genève (à Vienne cette semaine) sous l’égide de l’ONU qui reste lui aussi au point mort. Acculée sur le terrain militaire, l’opposition à Bachar al-Assad a quasiment perdu la guerre. Sept ans après Deraa.

Madjid Khiat