Egypte : la grande désillusion ?

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Le 25 janvier 2011, le « printemps arabe » gagne l’Égypte et la place Tahrir. Les manifestations, les grèves et les occupations d’espaces publics durent plusieurs semaines. Le but est de renverser l’autoritaire Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981, mais les revendications sont aussi sociales et économiques. Le 11 février 2011, Hosni Moubarak tombe. S’ensuit une période de transition, avant le déclenchement de la deuxième élection présidentielle de l’histoire égyptienne.

 

Mohamed Morsi, quand l’espoir renaît

Suite à la chute d’Hosni Moubarak, l’armée prend le contrôle du pays à titre conservatoire. Elle dissout l’assemblée et convoque de nouvelles élections législatives. Ces élections vont être déterminantes avant la présidentielle. Le parti des Frères musulmans, le PLJ (Parti de la Liberté et de la Justice) sort grand gagnant avec 47% des sièges, suivi du Parti de la Lumière, appartenant à la mouvance salafiste, qui réunit 22,5% des sièges.

C’est donc, renforcé par cette victoire écrasante, que Mohamed Morsi, leader du parti des Frères musulmans tente de briguer le poste de président. Il se retrouve face au général Ahmed Chafik, ancien premier ministre de Hosni Moubarak. L’élection est très serrée, mais c’est finalement Mohamed Morsi qui est élu avec 51,73% des suffrages. Une victoire qui a donné lieu à une explosion de joie place Tahrir, et un regain d’espoir au sein de la population égyptienne. Pourtant, cette victoire n’était qu’illusoire.

 

Une victoire en trompe-l’œil

Une victoire illusoire, car quelques jours plus tôt, le Conseil suprême des forces armées a décidé de dissoudre la chambre des députés, dominée par les islamistes. C’est un Mohamed Morsi disposant d’une marge de manœuvre très limitée qui arrive à la tête de l’Egypte. Malgré son style novateur et spectaculaire, lorsqu’il s’agit de défendre sa politique, son apport est maigre. Inflation de 9%, chômage en légère hausse à 13,2%, politique fiscale favorisant les plus riches et politique étrangère calamiteuse, notamment avec la coupure des relations diplomatiques avec la Syrie…  Un contexte encore aggravé par les coupures d’électricité, les pénuries d’eau potable ou encore d’essence.

 

Chute des Frères musulmans et retour de l’armée

Le 30 juin 2013, des millions de manifestants défilent dans les rues égyptiennes et réclament la démission de Mohamed Morsi. Le leader des Frères musulmans, fragilisé, tente de résister, en vain. Le 3 juillet, l’armée prend le contrôle de la télévision publique et investit les rues du Caire. Dans la soirée, le général Abdel Fattah al-Sissi annonce la destitution de Mohamed Morsi et la suspension de la Constitution, à la télévision. S’ensuit une politique de répression sanglante contre les Frères musulmans, emprisonnés et condamnés, pour la plupart, à la peine de mort. L’armée décide également de disperser les manifestants pro-Morsi rassemblés place Rabia-El-Adaouïa, par la force. Selon le ministère de la santé, plus de 600 personnes auraient été tuées. Les Frères musulmans, eux, en revendiquent 2600. Malgré ces évènements, la communauté internationale est restée muette et a continué à soutenir Al-Sissi.

 

L’Egypte, un éternel chantier

La prise de pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi n’a pour autant pas changé la situation en Egypte. Pire, concernant les droits de l’Homme et les questions sécuritaires, elle serait bien plus grave. Depuis 2013, 60 000 personnes ont été arrêtées pour leurs convictions politiques tandis qu’on dénombre 81 exécutions et plus de 1 700 disparitions au cours des deux dernières années, selon les organisations de droits de l’Homme. Al-Sissi a également mené une politique de répression des journalistes et des homosexuels, qui a poussé l’ONG Human Rights Watch à interpeller le président français Emmanuel Macron, à l’occasion d’une visite d’Al-Sissi à l’Elysée. Un appel qui est resté sans réponse, puisque le président français a déclaré qu’il ne voulait pas « donner de leçons » à Al-Sissi ».

 

L’Égypte, un immense défi

Malgré la politique ultra-sécuritaire d’Al-Sissi, le pays n’a jamais été aussi instable. Une région concentre cette instabilité : le Sinaï. Autrefois destination touristique privilégiée en Egypte, la zone située entre le Moyen-Orient et le Maghreb est devenue un terreau fertile pour l’Organisation Etat islamique (OEI). En témoigne l’essor du groupe Wilayat Al Sinaï, qui a prêté allégeance à l’OEI. Plus récemment, un attentat a fait 325 morts dans une mosquée Soufi (courant mystique en Islam, qui prône la spiritualité avant tout). Même si l’OEI considère les soufis comme des hérétiques, c’est une tribu qui avait proposé au pouvoir de combattre l’organisation terroriste. Une proposition qui met en avant l’absence de maîtrise de cette zone, en proie à une pauvreté extrême, par le pouvoir.

À côté de cela, l’Égypte doit faire face à une explosion démographique qui inquiète et risque d’accentuer la paupérisation du peuple égyptien. C’est donc un défi immense que constitue le redressement de l’Égypte, car sept ans après les printemps arabes, la situation n’a fait que se dégrader. Le 26 mars, une nouvelle élection présidentielle est prévue. Une élection à laquelle le maréchal Al-Sissi risque d’être l’unique candidat, car les opposants sont, un à un, mis hors de course. Une situation qui rappelle les pratiques de l’ère… Hosni Moubarak.

 

Malik Miktar


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