Mondorient Express (5 décembre – 18 décembre)

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Une nouvelle semaine riche en actualité au Moyen Orient. Pour s’informer ou pour réviser, voici le condensé des 14 derniers jours, pays par pays.

Israël/Palestine

Une décision lourde de conséquences. Donald Trump a annoncé mercredi 6 décembre reconnaître Jérusalem comme capitale de d’Israël. Il a signé un décret ordonnant de préparer le déménagement de l’ambassade américaine dans la ville sainte. Si le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a salué « une décision historique », l’ensemble de la communauté internationale a condamné l’annonce de M. Trump. Côté palestinien, la colère monte. Le président palestinien Mahmoud Abbas a estimé que les États-Unis sapaient « délibérément tous les efforts de paix et proclament qu’ils abandonnent le rôle de sponsor du processus de paix qu’ils ont joué au cours des dernières décennies ».

Pour le Hamas, Trump  a ouvert « les portes de l’enfer ». L’organisation a appelé les palestiniens à une troisième intifada. Vendredi 8 décembre, un « jour de colère » a éclaté à Jérusalem, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Dans la soirée l’armée israélienne a annoncé avoir intercepté une roquette tirée de Gaza vers son territoire. Elle a répliqué en frappant des positions militaires du Hamas, faisant 14 blessés. Les heurts avec les soldats israéliens se sont poursuivis au cours du week-end, faisant quatre morts et des dizaines de blessés.

Le même jour, le Conseil de Sécurité des Nations Unies s’est réuni à la demande de huit pays, dont la Jordanie, pour discuter de la situation à Jérusalem. Nickolay Mladenov, coordonnateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Proche-Orient, s’est dit « particulièrement inquiet des risques d’une escalade violente ».

La Jordanie, tiraillée entre son statut de gardienne des lieux saints de Jérusalem et son alliance avec les États-Unis, a rapidement qualifié la décision de Washington de « violation du droit international ». Dimanche 10 décembre, le Parlement jordanien a annoncé réexaminer ses accords avec Israël, dont l’accord de paix de 1994. En raison de ses liens étroits avec les États-Unis, l’Égypte n’a pas condamné fermement la décision américaine. Malgré l’hostilité des Égyptiens envers l’État hébreu, Le Caire s’est contenté d’estimer que le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem allait « compliquer » la situation.

Mercredi 13 décembre, les dirigeants musulmans se sont réunis pour un sommet extraordinaire de l’Organisation de la conférence islamique. Ils ont jugé la décision de Trump «irresponsable, illégale et unilatérale » et ont appelé la communauté internationale à reconnaitre Jérusalem-Est comme capitale de l’État palestinien.

Les manifestations sont depuis quotidiennes dans la bande de Gaza. Vendredi 15 décembre, alors que quelques dizaines de jeunes palestiniens étaient venus défier les soldats israéliens, l’un d’eux a été tué d’une balle dans la tête. La victime, Ibrahim Abou Thouraïa, est devenue un martyr et le symbole des protestations contre la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale. Ibrahim Abou Thouraïa était handicapé, amputé des jambes, et ne représentait aucun danger pour les soldats israéliens.

Arabie saoudite

Les réformes sociétales se poursuivent. Le pays va autoriser les salles de cinéma à partir de janvier 2018, mettant fin à une interdiction vieille de 35 ans. Les premières salles devraient ouvrir en mars et le royaume espère accueillir 300 cinémas d’ici 2030. Mais pas un mot sur la censure : les films diffusés continueront d’être validés par les autorités. L’annonce de l’Arabie saoudite vise à montrer au monde la nouvelle dynamique d’ouverture du pays, mais permet aussi au dirigeant Mohammed ben Salmane de réaffirmer son autorité sur les chefs religieux du pays. En janvier, le mufti d’Arabie saoudite s’était insurgé contre la possible ouverture de salles de cinéma, affirmant qu’elles seraient sources de « dépravation ». 

Au volant. Le pouvoir a précisé sa réforme autorisant les femmes à prendre le volant. En plus des voitures, à partir de juin 2018, les Saoudiennes pourront conduire des motos et des camions.

Syrie

Les militaires russes vont rentrer chez eux. En visite surprise à Hmeimim, une base de l’armée russe au nord-est de la Syrie, où il a été accueilli par Bachar al-Assad, Vladimir Poutine a annoncé lundi 11 décembre le retrait de la « majeure partie du contingent militaire » russe. « En près de deux ans, les forces armées russes, en collaboration avec l’armée syrienne, ont détruit en grande partie les terroristes internationaux », a-t-il déclaré.

Turquie

Un jugement hors-norme. Le procès de l’attentat du Nouvel an 2017 dans une boîte de nuit d’Istanbul s’est ouvert lundi 11 décembre. Des Turcs, des Ouzbeks, des Russes, des Égyptiens, des Français : en tout, 52 personnes doivent comparaître. Le tueur, Abdulkadir Macharipov, 34 ans, avait été arrêté après deux semaines de traque dans un appartement de la banlieue d’Istanbul.

Irak

Exécutions de jihadistes. Jeudi 14 décembre, 38 jihadistes condamnés à mort ont été exécutés par pendaison. Ils avaient été reconnus coupables de « terrorisme » et d’appartenance à Al-Qaïda ou à l’OEI. Ce n’est pas la première fois que l’Irak condamne à mort plusieurs dizaines de personnes en même temps. L’ONG Amnesty international a dénoncé des exécutions de masse et « des procès hâtifs et entachés de défauts ».

Les histoires de la quinzaine :

Mohammed ben Salmane sait chouchouter ses alliés. Le prince héritier d’Arabie saoudite est l’acquéreur du tableau le plus cher du monde. Il s’agit du Salvator Mundi, une toile de Léonard de Vinci vendue mi-novembre pour la vertigineuse somme de 450 millions de dollars. Il a ensuite offert la précieuse œuvre d’art aux Émirats-Arabes-Unis.

Un marionnettiste contre Bachar al-Assad. Quand la révolution syrienne éclate en 2011, Rafat Alzakout décide de combattre le pouvoir avec ses propres armes. Avec ses marionnettes, il parodie le pouvoir syrien. Il crée un théâtre de marionnettes satirique appelé Masasit Mati, qu’il diffuse via internet à partir de novembre 2011. En 2012, il se lance dans une série hebdomadaire : Top Goon, Diaries of a Little Dictator (Crétin en chef, journal d’un petit dictateur), dans laquelle il tourne en dérision Bachar al-Assad. Obligé de fuir le pays, il est installé en Allemagne depuis 2015. Le marionnettiste a réalisé le film Home, qui revient sur les espoirs qu’a suscités la révolution. Projeté en festival, le film n’a pas trouvé de diffusion plus large et Le Monde a décidé de le mettre à disposition de ses lecteurs.

 

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