Comprendre la guerre au Yémen en quelques dates

 -  -  7


Le 4 décembre, l’ancien dictateur yéménite Ali Abdallah Saleh a été tué lors de combat entre ses troupes et les miliciens Houthis, deux jours après s’être rapproché de l‘Arabie saoudite et avoir rompu son alliance avec les rebelles. Retour sur une guerre oubliée, qui semble sans issue.

 

Le Yémen est un pays récent, unifié depuis 1990. Si la majorité de la population est chiite, 40% se réclame du zaïdisme, l’un des trois grands courants du chiisme. Cette population se concentre dans le gouvernorat de Sa’dah, au Nord-Ouest du pays. Ils se rebellent contre le pouvoir central en 2004, estimant être défavorisés. Leur chef historique, Hussein Badreddine al-Houthi, est tué en septembre 2004, entraînant une escalade de violence entre les rebelles Houthis (du nom de leur chef) et le pouvoir de Sanaa.

Septembre 2014 

Les rebelles Houthis progressent dans le pays depuis les révoltes de 2004. Le 21 septembre 2104, ils s’emparent de la capitale Sanaa, aidés par une partie de l’armée, qui les laisse faire. En janvier, les Houthis assiègent le palais présidentiel. Le président Abd Rabbo Mansour Hadi doit se réfugier à Aden, port du Sud du pays. Le dirigeant historique, Ali Abdallah Saleh, à la tête du pays depuis son unification et chassé du pouvoir par la révolution de 2011, est soupçonné d’avoir apporté son soutien aux rebelles. Leur progression rapide et le soutien d’une partie de l’armée suggère une alliance entre l’ancien dictateur qui cherche à tout prix à reprendre le pouvoir et les Houthis. Cette alliance est confirmée en mai 2015.

Mars 2015

La rébellion houthie progresse et le président Hadi est obligé de fuir Aden pour l’Arabie saoudite. Le royaume Wahhabite lance alors une coalition rassemblant le Bahreïn, la Jordanie, le Qatar, le Maroc, l’Égypte, le Koweït, le Soudan, les Émirats-Arabes-Unis et le Pakistan, soutenue par les États-Unis, afin de combattre les rebelles et de restaurer le pouvoir de Abd Rabbo Mansour Hadi. L’opération « tempête décisive » est lancé et l’armée saoudienne commence les raids sur le Yémen. Les Houthis sont quant à eux soutenus par le Hezbollah libanais et par l’Iran chiite, qui apporte armes et soutien diplomatique. Le conflit s’internationalise.

Septembre 2015

Après quatre mois de combats, le gouvernement de Hadi annonce avoir repris le contrôle de la province d’Aden en juillet. C’est le premier succès des forces pro-gouvernementales soutenues par la coalition arabe. Le 22 septembre Abd Rabbo Mansour Hadi revient à Aden après six mois d’exil en Arabie saoudite.

Avril – Août 2016

Un cessez-le-feu est conclu par l’ONU le 11 avril. En un an de guerre (mars 2015 – mars 2016), les pertes s’élèvent à 6 300 morts dont une moitié de civils. L’organisation internationale met en place des négociations de paix au Koweït. Les pourparlers commencent le 20 avril. L’accord trouvé par l’ONU est rejeté le 1er août par les Houthis. Le 9 août la coalition menée par l’Arabie saoudite mène des raids sur la région de Sanaa, pour la première fois depuis plusieurs mois, mettant fin au cessez-le-feu.

Début 2017

Après deux ans de guerre, la situation humanitaire est catastrophique. 7 700 personnes sont mortes, dont une majorité de civils. La famine touche une grande partie de la population. L’Onu estime que 14 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire. Depuis avril, les régions du Nord sont touchées par une épidémie de choléra due aux fortes pluies et à l’effondrement du système de santé. En novembre, le blocus de l’Arabie saoudite aggrave encore un peu plus la situation amenant les Nations unies à déclarer que le Yémen subit « la pire crise humanitaire dans le monde ».

Décembre 2017

Le 2 décembre, l’ancien dirigeant Saleh rompt son alliance avec les Houthis pour se rapprocher de l’Arabie saoudite. Il appelle Riyad et la coalition arabe à lever le blocus afin de stopper la crise humanitaire. Ce rapprochement avec le royaume wahhabite est considéré comme une trahison par les rebelles Houthis. Des combats s’engagent entre les rebelles et les troupes de l’ancien dirigeant. Le 4 décembre, les Houthis font circuler des photos du cadavre de Ali Abdallah Saleh dont l’authenticité est confirmée par ses proches. La mort de l’ancien dirigeant pourrait être un tournant dans la guerre qui ravage le pays depuis plus de deux ans. Le Yémen risque de plonger encore un peu plus dans la violence.

 

Dune Froment

7 recommended
42 views
bookmark icon