Palestine : les olives de la colère

Dans les territoires palestiniens occupés, les olives sont récoltées sous l’œil menaçant des colons israéliens. Plusieurs organismes internationaux viennent en aide aux agriculteurs palestiniens pour limiter la violence.

Mercredi 11 octobre, dans une oliveraie palestinienne aux abords de la colonie israélienne Har Brakha, au sud de Naplouse. « Les colons avaient construit une baraque en bois pour marquer le début d’une nouvelle colonie, à 15 mètres des oliviers, raconte Claudette, volontaire française de 75 ans qui vient prêter main-forte aux Palestiniens pour la récolte des olives depuis 2006. Les Palestiniens l’ont détruite pendant la nuit. Ils s’attendaient à des représailles. »

À 7h le lendemain matin, elle part à la cueillette avec les paysans et une amie française. « Alors que nous cueillions les olives, huit jeunes colons cagoulés nous ont caillassés pendant une vingtaine de minutes. Tous les paysans palestiniens présents avaient des gourdins qu’ils n’ont pas utilisés mais les insultes volaient. Dès le début de l’attaque, les paysans ont téléphoné à l’armée, qui n’est pas intervenue directement. Quand des renforts palestiniens sont arrivés, les jeunes colons se sont enfuis dans la colline en passant à côté de l’armée, qui n’a rien dit. »

Vidéo prise le 11 octobre près de la colonie Har Brakha par l’armée israélienne : des colons cagoulés lancent des pierres sur les agriculteurs palestiniens venus récolter leurs olives

L’olivier, une manne menacée

Au-delà du symbole de paix, l’olivier représente l’attachement à la terre dans la culture palestinienne. Il est vital pour l’économie. Avec 15% de la production agricole totale dans les territoires, et 3 à 4 millions de journées de travail saisonnières, l’arbre fait vivre une centaine de milliers de familles palestiniennes. Du fruit à l’huile, en passant par les feuilles ou le bois, l’olivier fait partie du quotidien. C’est aussi la matière première pour fabriquer du savon, du combustible et même des médicaments.

Selon un rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced), la production d’huile d’olive palestinienne diminue depuis le début des années 2000 : elle est passée de 23 000 tonnes annuelles en moyenne pour la période 2000-2004, à 14 000 entre 2007 et 2010. Si des facteurs naturels, comme la sécheresse, peuvent affecter le rendement des arbres, les agriculteurs palestiniens subissent surtout les effets de l’occupation israélienne. Par exemple, le ministère palestinien de l’Économie affirme que l’armée israélienne interdit certaines importations de matériel agricole, dont de l’engrais, en Cisjordanie. Le ministère recense 800 000 oliviers déracinés depuis 1967 par l’armée israélienne, en particulier depuis la construction de la « barrière de séparation » (que les Palestiniens qualifient de « Mur de la honte ») en 2002.

Infographies représentant l’expansion des colonies en Cisjordanie. Crédits : lefigaro.fr

« Les paysans ont 10 jours pour cueillir leurs 400 oliviers, ce qui est totalement impossible, explique Claudette. À huit ou neuf personnes, on cueille une quinzaine d’oliviers par jour. » L’expansion des colonies israéliennes sur les territoires palestiniens se fait au détriment de l’agriculture. La plupart des champs d’oliviers palestiniens se trouvent à proximité, voire dans les colonies ; donc en zone C, laquelle est contrôlée par l’armée israélienne selon les accords d’Oslo. C’est l’armée qui fournit les autorisations d’accès aux champs. Et elles ne sont délivrées qu’au moment de la récolte, sur des laps de temps très courts.

L’aide internationale comme arme de dissuasion

« Les agriculteurs n’étant pas autorisés à venir plus d’une fois par an, les arbres ne sont pas entretenus, pas taillés, et les broussailles ne sont pas enlevées, indique Claudette. Le paysan avec qui je cueille s’acharne à venir tous les ans, et d’année en année il y a moins d’olives et d’oliviers. Les buissons épineux sont terribles. Aujourd’hui cet homme était si fatigué qu’il est tombé plusieurs fois et a dû être emmené par son fils. » En plus de l’aide à la récolte, les volontaires internationaux qui s’engagent auprès des Palestiniens ne sont pas que des bras en plus. Ils temporisent les relations « administratives » avec l’armée, et dissuadent les attaques des colons, autant que faire se peut. Ils estiment que les conséquences diplomatiques pour l’État israélien seraient bien plus lourdes si un Français était blessé, ou tué, que s’il s’agissait d’un Palestinien. Si la présence d’internationaux fait diminuer le nombre d’attaques, elle n’est pas une assurance tous risques. Claudette a vu la violence des colons augmenter au fil des années, à mesure que les colonies se sont étendues.

Plusieurs campagnes ont été lancées pour protéger les récoltes palestiniennes. L’une d’entre elles est soutenue par le consulat britannique de Jérusalem, qui « a distribué des équipements agricoles tels que des échelles, des matelas, des peignes, des scies et des cisailles agricoles à plus de 600 agriculteurs de Cisjordanie » dans plus de 40 localités différentes. L’Association de développement agricole (Parc) basée à Naplouse a elle lancé la campagne « We are with you » et appelle des volontaires palestiniens et internationaux à se joindre à la récolte pour dissuader la violence. Le coordinateur de la campagne, Khaled Mansour, a déclaré au journal Al-Quds : « Le lancement de la campagne s’explique par l’augmentation des crimes perpétrés par les colons contre les paysans palestiniens […] et les restrictions à la liberté de circulation des paysans aux alentours des colonies… Cela affecte profondément les paysans, les empêche d’avoir accès à leurs terres, et nie leur droit de récolter et de transporter les olives librement et en sécurité.

 

Lou Kisiela