L’art pour recouvrir les cicatrices de la guerre du Liban

Jad el-Khoury est un artiste libanais de 28 ans. Architecte d’intérieur de formation, il s’est rapidement tourné vers le street-art. Avec sa bombe, il recouvre les façades des immeubles de Beyrouth où les stigmates de la guerre sont encore visibles. Une façon de refermer les cicatrices libanaises.

« Eux n’ont pas demandé la permission pour bombarder ces immeubles, alors je ne demande la permission à personne pour les peindre. » Jadel-Khoury s’arme alors de sa corde, de sa peinture et de ses bombes acryliques. Il grimpe sur l’un des nombreux immeubles beyrouthins encore marqués par la guerre et se met à dessiner.

Ses œuvres représentent toujours des « potato nose », de petits personnages qui se touchent les uns les autres jusqu’à devenir une énorme masse dans laquelle ils se confondent. « Je peins de manière spontanée. Rien n’est programmé. Je fais un trait, puis deux, puis un premier personnage apparait. Ensuite, je lui accole de nouveaux personnages. » Depuis, sur de nombreux immeubles de Beyrouth, on peut voir les « War Pieces » de Jad el-Khoury. Comme un pied de nez à l’histoire, ses potato nose entourent les trous d’obus présents plus de 26 ans, soit la fin de la guerre civile.

« La première œuvre, tout le monde était très étonné et heureux que l’on donne une nouvelle vie à ces façades pleines de balafres. » Mais le deuxième immeuble a posé beaucoup plus de problèmes. « Pour le second dessin, je me suis attaqué à un immeuble réputé, qui symbolise particulièrement la guerre. Les voisins étaient très mécontents que je touche leur “bâtiment sacré”. Mais en réalité, aucune loi ne les protège. »

 « J’attaque les traces de la guerre »

Le principal message de Jad à travers ses dessins : représenter les aspirations de la jeunesse libanaise. « Avec ma peinture, j’attaque les traces de la guerre. Tous ces trous de missiles dans les immeubles sont autant de plaies ouvertes de la guerre civile. Et en fait rien n’a tellement changé ici, la corruption et les magouilles sont encore là, les mêmes hommes politiques que pendant la guerre sont encore au pouvoir. La seule différence c’est que l’on ne se tue plus. » Ces œuvres sont d’ailleurs nettement plus acceptées par les jeunes du pays, qui espèrent encore un changement. « L’ancienne génération veut juste que la guerre ne revienne pas. Nous, les jeunes, on veut de bien meilleures conditions de vie ! » Il s’insurge que les programmes scolaires libanais passent sous silence toute la période de la guerre civile.

Mais Jad el-Khoury ne se borne pas à panser les cicatrices de la guerre avec ses dessins. Il est maintenant un artiste reconnu internationalement, avec des expositions à venir à Venise et à Amsterdam. Et même si « War Pieces » est le projet qui lui tient le plus à cœur, il peint les rêves des jeunes libanais sur d’autres supports. « Mon principal concept actuellement s’appelle Singleman. A travers mes représentations, ce personnage fictif montre sa volonté de quitter le chaos de la société, comme la plupart de la jeunesse libanaise qui cherche à partir, à rejoindre d’autres pays. » Pour fuir une histoire douloureuse, visible à chaque coin de rue de Beyrouth.

 

Noé Hochet-Bodin