Le cyclisme, nouvel eldorado pour les pays du Golfe ?

Deux équipes « made in » Moyen-Orient  participent au  Tour de France 2017. Depuis quelques années, le cyclisme est devenu un atout géopolitique pour les pays du Golfe Persique avec une nouvelle ambition sportive. 

Fabien Cancellara, Robert Gesink, Christopher Froome, Vincenzo Nibali… Tous ces coureurs prestigieux ont un point commun : ils ont remporté le tour d’Oman. Le petit sultanat et sa capitale Mascate accueillent chaque année au mois de février  une course internationale. Depuis sa création il y a sept ans, le Tour d’Oman est devenu un événement incontournable pour lancer la saison de cyclisme sur route.

Match à trois : EAU-Qatar-Oman

Oman n’est pas le seul pays à s’offrir une épreuve de prestige au calendrier de l’Union cycliste internationale (UCI). Dès 2002, Amaury Sport Organisation, la société organisatrice du Tour de France, lançait le Tour du Qatar. Les plus grands sprinters ont bataillé sur cette course à étapes. Seulement, après quinze éditions, l’épreuve disparaît en 2017 en raison du manque de public et des difficultés financières. Les Émirats arabes unis sont entrés dans la danse du cyclisme mondial en 2015, avec la création du Tour d’Abou Dhabi. L’édition de 2017 a été remportée par le Portugais Rui Costa, ancien champion du monde.

L’émirat gazier garde toutefois une longueur d’avance sur les Émirats et Oman. Doha a organisé en 2016 les Championnats du monde de cyclisme sur route. Après avoir accueilli le Mondial de handball 2015 et avant la Coupe du monde de football 2022, le Qatar recevait au mois d’octobre l’une des courses les plus prisées du calendrier UCI, puisqu’elle change de pays chaque année. Les meilleurs cyclistes de la planète se sont donc affrontés sous une température qui atteignait les 37 degrés. Jérôme Pineau, ancien coureur professionnel devenu consultant, conspuait à l’époque ces mondiaux et la stratégie de l’UCI : « On nous dit que c’est pour développer le vélo, mais ce n’est pas vrai. Il n’y a même pas un vélodrome là-bas. On y va juste pour faire du tourisme et signer un gros chèque. »

Le Moyen-Orient sur les routes du Tour

Cette année, le Royaume de Bahreïn et les Émirats arabes unis ont créé leurs propres équipes. Bahraïn-Merida a facilement obtenu sa licence World Tour, le gotha mondial. Parmi les têtes d’affiches de cette nouvelle équipe figurent Vincenzo Nibali vainqueur du Tour de France 2014 et Ion Izagirre, grimpeur reconnu dans le peloton. À l’origine de la création de l’équipe : Nasser ben Hamed Al Khalifa, de la dynastie royale, qui est commandant de la garde royale et président du Comité olympique du Bahreïn. Certaines ONG dont la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme l’accusent d’avoir participé à des actes de tortures lors de la répression de 2011.

L’équipe Bahraïn-Merida avant le départ du Tour 2017. // © Team Bahrain-Merida/ @BettiniPhoto

L’équipe cycliste Lampre est elle devenue l’équipe UAE Emirates avec en leader… Rui Costa.

Ces deux formations participent au Tour de France cette année, même si leur ambitions sont limitées face au Team Sky ou à la BMC Racing. Mais ils pourront montrer leurs maillots sur la Grande Boucle, qui compte près de 2 000 journalistes accrédités, est diffusée dans 190 pays et regardée par plus de 12 millions de spectateurs sur le bord des routes. Une visibilité incroyable pour Bahreïn et les Émirats arabes unis.

Une stratégie limitée

Cette volonté des pays du Golfe d’intégrer l’échiquier du cyclisme mondial se heurte cependant à des obstacles majeurs. Comme au Qatar, où le Tour a été annulé pour cause de manque de public, les Émirats arabes unis et Oman font aussi les frais du manque d’intérêt de leurs populations pour le cyclisme.

Deuxième problème, la quasi-absence de coureurs originaires de ces pays dans le peloton. L’équipe Lampre devenue UAE Emirates ne compte qu’un seul Émirati dans son effectif : Yousif Mirza, 28 ans et aucune grande victoire à son palmarès. Bahrain-Merida n’a quant à elle aucun coureur bahreïni. Les pays du Golfe Persique devront faire preuve de patience pour former de futurs champions qui pourraient devenir leurs meilleurs ambassadeurs.

Madjid Khiat


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