Mondorient express (30 mai – 5 juin)

Une nouvelle semaine riche en événements au Moyen-Orient. Pour s’informer ou réviser, voici le condensé de l’actualité des 7 derniers jours, pays par pays.

Golfe persique

Le Qatar mis au ban. Coup de tonnerre diplomatique au « sunnistan ». Lundi matin, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) ont décidé de mettre un terme à leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Les deux pays accusent Doha de déstabiliser la région et de « soutenir le terrorisme ». C’est le premier accroc dans le Golfe persique après le sommet de Riyad, il y a deux semaines. Plusieurs pays se sont joints à l’initiative de l’axe Riyad-Abu Dhabi : le gouvernement yéménite en exil de Abd Rabbo Mansour Hadi et celui de l’est de la Libye. Le Qatar a réagi à cette décision, accusant en retour ses voisins du Golfe de vouloir le mettre « sous tutelle ».

Israël / Palestine

Cinquantenaire de la Guerre des Six Jours. Les Israéliens et les Palestiniens commémorent à partir de lundi le cinquantième anniversaire de la Guerre des Six-Jours (5-10 juin 1967). Ce conflit marqua le début de l’occupation de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et la prise de contrôle totale de Jérusalem par Israël. Depuis, les colonies israéliennes se sont succédé en Cisjordanie et les territoires récupérés par l’État hébreu sont devenus la norme. Les commémorations, de « libération » pour Israël et « d’occupation » pour la Palestine, seront donc totalement antagonistes pendant ces cinq jours.

Ambassade américaine à Jérusalem. Le 1er juin, Donald Trump a confirmé le maintien, par une clause dérogatoire, de l’ambassade des États-Unis à Tel-Aviv et non à Jérusalem, comme il l’avait annoncé lors de sa campagne. Une loi du Congrès de 1995 établit que l’ambassade américaine doit se situer à Jérusalem, reconnaissant la ville comme capitale. Pourtant, tous les présidents successifs ont signé chaque mois la clause dérogatoire permettant de la maintenir à Tel-Aviv. Craignant ce transfert, des responsables palestiniens ont aussitôt salué comme un « pas positif et important » la décision de Donald Trump. De son côté, Benyamin Netanyahou, le président israélien, ne perd pas espoir : « Bien qu’Israël soit déçu que l’ambassade ne soit pas déménagée cette fois, nous apprécions l’expression de l’amitié du président Trump envers Israël, et son engagement à déménager l’ambassade à l’avenir. »

Turquie

Photographe en otage. Mathias Depardon, photojournaliste français retenu en Turquie depuis 25 jours, est considéré en « détention arbitraire ». Il a été arrêté le 8 mai dernier à Hasankeyf, dans le sud-est du pays, pour avoir travaillé sans carte de presse, délivrée chaque année par les autorités turques. Il est détenu au centre de rétention de Gaziantep, à la frontière syrienne, alors qu’aucune charge n’a été retenue contre lui. « Mathias se porte bien, il a cessé sa grève de la faim. Les autorités turques ne font plus obstruction aux visites consulaires, mais aucune démarche ne semble être en cours pour mettre fin à sa détention, a précisé Rusen Aytac, l’une des avocates qui défend le journaliste. En Turquie, les centres de rétention ne sont soumis à aucune loi, c’est le règne de l’arbitraire. Le délai de rétention est illimité. » Depuis le putsch raté du 15 juillet 2016 en Turquie, environ 150 000 fonctionnaires ont été limogés, plus de 47 000 personnes ont été arrêtées.

Bahreïn

Dissolution du Waad. L’Action démocratique nationale, formation de gauche d’opposition communément appelée Waad, a été démantelée par le régime le 31 mai. Le tribunal a annoncé sa dissolution. Le Waad constituait la dernière force dissidente au Bahreïn. Cette décision a été précédée, le 21 mai, par la condamnation à un an de prison avec sursis de celui qui est considéré comme le guide spirituel du Wifaq (principal parti d’opposition, dissout en 2016), le cheikh Issa Qassem. Elle est intervenue le jour-même où Donald Trump affichait son soutien à l’Arabie saoudite et ses alliés du Golfe et pointait du doigt le rôle de l’Iran dans la région. Bahreïn avait applaudi cette décision : il accuse Téhéran d’être derrière l’opposition au régime.

Syrie

Livraison d’armes. Donald Trump a tenu son engagement. Le président américain a bien livré des armes aux rebelles kurdes syriens qui combattent l’Organisation État Islamique (OEI) en Syrie. La livraison de ces armes légères et véhicules aux Forces démocratiques syriennes (FDS) est intervenue avant une offensive de Raqqa. Cette décision a irrité la Turquie, qui combat les forces kurdes à la frontière syrienne. Cette livraison était initialement prévues pour les milices kurdes syriennes (YPG), que la Turquie considère affiliée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qu’elle classe comme « terroriste ».

L’histoire de la semaine

Ils veulent sauvegarder leur « poumon vert ». À Beyrouth, des dizaines de manifestants se sont rassemblés samedi pour protester contre la fermeture du plus grand parc public de la ville. Le Bois des pins a été récemment fermé pour cause de traitement des arbres, attaqués par un insecte qui les assèchent. Longtemps fermé, le parc avait été rouvert en 2016 grâce au travail de l’ONG écologique Nahnoo. Cette fois, les habitants doutent d’une future réouverture en l’état. La municipalité y prévoit l’installation d’un hôpital de campagne et la construction d’un stade de football. D’autant que la mairie crée volontairement du flou autour de ces projets. Cynthia Bou Aoun, membre de l’ONG, souhaiterait que la municipalité arrête de « jouer sur les mots » et fasse preuve de davantage de transparence.
Selon la municipalité, le parc pourrait rouvrir au public vers la fin du mois de juin , mais le reboisement ne pourra pas être réalisé tout de suite. « Nous avons peur que le traitement ne serve de prétexte à une fermeture du parc sur le long terme », déplore Cynthia Bou Aoun. « Horch Beyrouth est un échantillon de ce qui se passe au niveau national. Qu’en sera-t-il des autres affaires qui secouent le pays ? », conclut-elle, fataliste.

Les manifestations pour l’ouverture du parc au public en 2015 :