Armement des Kurdes de Syrie par les États-Unis : le courroux d’Ankara

Mercredi 10 mai, les autorités turques ont jugé « inacceptable » la décision américaine d’armer les combattants kurdes qui combattent les djihadistes de l’Organisation Etat islamique (OEI) à Raqqa. De son côté, l’administration américaine insiste sur la nécessité de « soutenir la seule force au sol capable de reprendre Raqqa ».

Il n’a pas fallu vingt-quatre heures pour que la Turquie réagisse, avec vigueur, à la décision américaine d’armer les milices kurdes YPG (Unité de protection du Peuple) en Syrie. « Fournir des armes aux YPG est inacceptable », a déclaré le vice-premier ministre Nurettin Canikli à la télévision.  

Mardi 9 mai, les États-Unis avaient annoncé qu’ils livreraient des armes aux combattants kurdes en Syrie des Unités de protection du peuple kurde (YPG) « autant que nécessaire » pour reprendre la ville stratégique de Raqqa, capitale autoproclamée de l’OEI. Et ce malgré l’opposition de la Turquie, leur allié dans l’OTAN, qui considère les combattants YPG comme des terroristes affiliés à son ennemi naturel, le groupe séparatiste kurde du PKK. Seulement, les YPG constituent le premier contingent des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), une alliance kurdo-arabe soutenue par les États-Unis, qui combat l’OEI. C’est ce groupe de combattants qui est en passe de regagner Raqqa.

Le secrétaire d'État à la Défense Jim Mattis motive la décision américaine d'armer davantage 
les milices kurdes par un objectif : que les djihadistes présents à Raqqa ne puissent pas 
s'enfuir pendant les combats. 

Armes légères, munitions, mitrailleuses et véhicules blindés

« Une telle politique ne bénéficiera à personne », a déclaré le vice-premier ministre turc Nurettin Canikli, qui espère que les Américains renonceront à cette « erreur ». Les Turcs craignent que les armes envoyées soient finalement utilisées par le PKK sur leur territoire. D’autant que, depuis plusieurs semaines, des tirs sporadiques sont constatés à la frontière. Côté américain, on insiste au contraire sur la nécessité de soutenir « la seule force au sol capable de reprendre Raqqa ». Selon un haut responsable du Pentagone, il s’agira d’armes légères, de munitions, de mitrailleuses, de véhicules blindés ou encore de bulldozers. L’administration américaine a tout de même donné des gages à son allié turc, en indiquant qu’elle favoriserait l’armement des factions arabes des FDS.

Donald Trump semble n’avoir que faire d’irriter Erdogan, alors que le chef d’État turc a rencontré mi-mai son homologue américain à Washington. Son élection avait suscité en Turquie l’espoir d’un changement de position vis-à-vis des milices kurdes dans le dossier syrien. Le président américain s’est à nouveau montré imprévisible. Depuis plusieurs semaines, les Turcs tentent de convaincre les Américains d’écarter les forces kurdes de l’opération sur Raqqa et de les laisser jouer le premier rôle, sans succès.

Fébrilité de la Turquie

Avec la reprise de la ville, les Turcs redoutent de voir les Kurdes de Syrie étendre leur territoire, qui jouxte la frontière anatolienne. Une crainte alimentée par les déclarations de Saleh Muslim, le président du PYD, la branche politique des milices YPG soutenues par les États-Unis  en Syrie. Il n’avait pas hésité en mars à affirmer qu’à sa libération, Raqqa devrait intégrer la zone kurde qui jouit d’une autonomie de fait depuis le début du conflit syrien.  

Alors que la chute progressive mais certaine des zones tenues par l’OEI dans la région ravive les enjeux territoriaux et redistribue les cartes, la Turquie est fébrile. Il y a deux semaines, elle a bombardé les positions kurdes de part et d’autre de la frontière irako-syrienne, faisant 18 morts. En mars déjà, dans la région de Manbij, les Américains avaient vu leurs alliés, la coalition kurdo-arabe qu’ils soutiennent et les rebelles syriens armés par Ankara, s’entretuer. À tel point que les Kurdes ont préféré laisser cette région au régime syrien, auquel la Turquie serait moins encline à s’opposer frontalement. La préfiguration d’une nouvelle alliance ?

Mahaut Landaz


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