4 questions pour comprendre l’évolution du conflit libyen

 

Jeudi 18 mai, une attaque contre une base aérienne de Brak al-Chati dans le sud de la Libye a coûté la vie à 141 personnes, dont des civils. Elle met en lumière le contexte sécuritaire tendu et les oppositions politico-militaires dans le pays.

1- Quels sont les acteurs du conflit libyen ?

Depuis 2015 en Libye, il existe deux grandes forces politico-militaires : le gouvernement d’union nationale (GNA) dirigé par Fayez al-Sarraj basé à Tripoli, la capitale, et l’armée nationale libyenne (ANL), avec à sa tête le maréchal Khalifa Haftar dont le parlement est situé à Tobrouk, dans l’est du pays.

Carte de la Libye // Wikimediacommons

Il subsiste des acteurs aux forces moins nombreuses mais avec une place prépondérante sur le terrain. À l’instar des milices islamistes majoritairement issues de Misrata, fief de la révolution libyenne. Les djihadistes, comme la branche libyenne de l’Organisation État islamique, sont également présents.

Initialement à l’est du pays, les troupes du Maréchal Haftar ont conquis des villes du sud de la Libye. La tuerie du 18 mai dernier visait une base aérienne de l’armée nationale libyenne. L’attaque a été revendiqué par « 3 ème force », une milice proche du gouvernement d’union nationale de Tripoli.

 

2- Qui soutient qui ?

En décembre 2015, le gouvernement d’union nationale (GNA) voit le jour sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies. Fayez al-Sarraj, son Premier ministre, est soutenu par la communauté internationale. Face à lui, Khalifa Haftar bénéficie de l’appui du voisin égyptien et des Émirats arabes unis. Un soutien qui se fonde sur un objectif commun : la lutte contre le terrorisme.

Dans les faits, l’Égypte d’Al-Sissi et les Émirats arabes unis sont radicalement opposés aux Frères musulmans. Le gouvernement d’union nationale est composé de multiples forces venant de l’islam politique.

La Russie est également dans le camp de Khalifa Haftar, le 2 février, 70 soldats de l’armée nationale libyenne (ANL) se sont fait soigner en Russie. Après l’attaque de la semaine dernière, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s’est dit « extrêmement inquiet concernant la récente vague de violences en Libye ».

3 – La menace djihadiste subsiste-t-elle ?

L’Organisation État islamique avait débarqué en grande pompe à la fin de l’année 2014 en Libye. Agitant leur drapeau noir, les djihadistes avaient conquis la ville de Syrte en tentant d’y établir un État islamique. Les spécialistes estimaient alors l’effectif de l’OEI compris entre 4 000 et 5 000 combattants. L’été dernier, acculé à l’est par les troupes de l’armée nationale libyenne et à l’ouest par celles du GNA, le groupe djihadiste avait été éradiqué de Syrte. « Le fait que Daech subisse des défaites militaires l’a contraint à se redéployer dans le sud du pays proche des frontières tunisiennes », explique Kader Abderrahim auteur de Daech : Histoire, enjeux et pratiques de l’organisation de l’État islamique. « Il n’y a pas que Daech, ajoute le chercheur à l’IRIS, il existe également Ansar al-Charia (les partisans de la Charia) et  Fajr Libya dans la capitale Tripoli. »

Dans la soirée du vendredi 26 mai, l’armée égyptienne a bombardé des positions djihadistes à Dernaa en Libye après l’assassinat de 28 coptes sur son territoire. En février 2015, Le Caire avait procédé de la même manière en réaction à l’exécution de 21 coptes par l’OEI en Libye. Une aidé précieuse pour le maréchal Haftar.


4 – Pourquoi le règlement du conflit en Libye sera compliqué ?

Les deux hommes forts de la Libye, Khalifa Haftar et Fayez al-Sarraj, se sont rencontrés le 2 mai dernier à Abou Dabi, capitale des Émirats arabes unis. Ces négociations ont abouti à un accord autour de la structure et de la conception du conseil présidentiel libyen. Même si Khalifa Haftar semble lâcher du lest sur son autorité, le  « transfert pacifique du pouvoir » de l’ANL vers les autorités civiles semble encore loin. « L’ambition de Khalifa Haftar est d’incarner la présidence de la Libye et de s’imposer comme un nouveau raïs » tempère Kader Abderrahim. Ces discussions ont été entachés par la tuerie du 18 mai. La légitimité de Faiez al-Sarraj est elle aussi remise en cause. La capitale Tripoli, que les forces loyalistes devraient en théorie maîtriser, a été le théâtre vendredi soir de combats entre milices causant la mort de 28 personnes. Martin Kobler, l’émissaire de l’ONU en Libye a alors réagi : « Les voix de la raison doivent prévaloir dans l’intérêt du pays. »

Il faudra du temps et beaucoup de compromis pour voir la Libye sortir du chaos. « La convergence entre le gouvernement d’union nationale et l’armée nationale libyenne est très difficile à envisager, tout est question de rapport de force entre les protagonistes », rapporte Kader Abderrahim.

Madjid Khiat


 

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