L’accord nucléaire au cœur des divisions iraniennes

Hassan Rohani, le président iranien sortant, a été élu en 2013 en promettant de faire lever les sanctions qui entravent l’économie du pays grâce à la signature de l’accord sur le nucléaire. Promesse tenue en juillet 2015. Mais les bienfaits de l’accord tardent à se faire sentir, et il est aujourd’hui critiqué par les conservateurs

Les Iraniens doivent choisir leur nouveau président ce 19 mai. Ce sera soit Hassan Rohani, président sortant, classé parmi les réformateurs, soit Ibrahim Raïssi, son rival conservateur. En tête des sondages, Hassan Rohani ne devrait cependant pas gagner aussi largement qu’en 2013, où il avait emporté la majorité absolue des suffrages dès le premier tour. À l’époque, le pays était épuisé par huit ans de présidence ultra-conservatrice sous Mahmoud Ahmadinejad. Rohani était un visage nouveau, un des premiers candidats crédibles à proposer à l’Iran de s’ouvrir au reste du monde. En 2015, après des années de négociations avec le G6, l’accord sur le nucléaire est signé, et les sanctions contre l’Iran sont partiellement levées, en contrepartie de l’assurance qu’aucun programme militaire nucléaire ne sera développé dans le pays.

« L’erreur de Rohani est d’avoir survendu les bénéfices économiques de cet accord, affirme Ardavan Amir-Aslani, avocat franco-iranien spécialisé dans le conseil des États. L’inflation s’est stabilisée, certes, et quelques accords de principe avec des entreprises occidentales, comme PSA, ont été signés. Mais le sort des Iraniens demeure largement inchangé. » Le taux de croissance est passé de 0,4 à 6,9% entre 2015 et 2017. Mais, rapporté à la production industrielle, l’augmentation du PIB n’est que de 0,9%. L’accord a permis la reprise de la vente de pétrole, mais n’a pas créé d’emploi, ou trop peu : 13% de la population iranienne est encore au chômage.

En cause : les sanctions non-liées aux activités nucléaires de l’Iran, mais aux violations des droits de l’Homme qui continuent de freiner les échanges internationaux. 80% des structures économiques sont détenues par l’État, ou les Gardiens de la Révolution. Or, nombre d’entre eux sont visés par la Specially Designated Nationals List (liste des ressortissants spécialement désignés). Toute personne inscrite sur ce registre établi par le Département du Trésor américain ne peut pas commercer avec les États-Unis. À cela s’ajoutent les problèmes de financement de projet : les banques européennes ne peuvent pas s’implanter en Iran, et les transactions en dollars sont interdites, hormis quelques cas spécifiques.

Une démographie favorable à l’ouverture

Les conservateurs attaquent le gouvernement en place sur l’inefficacité de l’accord nucléaire. Même s’il a promis qu’il ne l’abrogerait pas s’il arrivait au pouvoir, Ebrahim Raïssi, soutenu par Ali Khamenei, le Guide Suprême, appelle à un retour à une économie de la résistance, avant tout nationale. « Il pense que la fermeture du pays garantit la survie du régime théocratique, inenvisageable si des milliers de touristes se promenaient dans les rues de Téhéran », explique maître Amir-Aslani.

Aucun des candidats ne remet en question la suprématie des institutions religieuses sur la vie politique. Mais Rohani lui, est partisan d’une plus grande ouverture pour satisfaire l’envie de liberté de la population. 70% des Iraniens ont moins de 40 ans, avec un niveau d’éducation élevé. Grâce aux réseaux sociaux, ils sont conscients des restrictions sociales qui leurs sont imposées. D’après Ardavan Amir-Aslani : « La question n’est pas de savoir si l’Iran va abandonner la théocratie, mais quand. Et pour les jeunes Iraniens, le processus s’accèlèrera avec Rohani. »

Lou Kisiela