Hassan Rohani face à la colère ouvrière

Le 19 mai, les Iraniens devront choisir leur président. Hassan Rohani, modéré, brigue un second mandat et doit faire face aux conservateurs qui l’attaquent notamment sur son bilan économique. Jugé décevant, il l’est surtout pour la classe ouvrière.

Le 7 mai, une image a marqué la campagne présidentielle iranienne. Alors que le président Hassan Rohani quittait la mine d’Azadshahr dans le Golestan, sa voiture a été attaquée par des mineurs en colère. Quatre jours plus tôt, un explosion dans une mine de charbon dans cette région de Nord de l’Iran avait fait plusieurs dizaines de morts.

Lors de sa visite, Hassan Rohani tente l’apaisement, en promettant que « les responsables et les fautifs seraient jugés ». La mine appartient à des fonds privés et non au gouvernement. Il promet ensuite aux ouvriers que le ministre du Travail examinera les problèmes de retard de salaires. En effet, les médias iraniens ont dévoilé que les ouvriers de la mine ne touchaient plus de salaires depuis plusieurs mois. Cet accident a mis en lumière les mauvaises conditions de vie de la classe ouvrière iranienne. Conditions qui ne se sont pas améliorées sous la présidence Rohani.

Les ouvriers : pas « une priorité »

« Ce n’est pas sous Rohani que la situation des ouvriers s’est dégradée, contrairement à ce que disent ses opposants. C’est un phénomène qui date de la fin de la guerre contre l’Irak », explique Thierry Coville, chercheur à l’Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur de Iran, la révolution invisible. Plusieurs facteurs participent de cette dégradation. Beaucoup d’ouvriers sont passés de contrats à durée indéterminée à des contrats à durée déterminée. Cela signifie plus de précarité mais aussi moins de représentativité. En effet, en Iran, pour être syndiqué, il faut avoir un contrat à durée indéterminée. Les ouvriers sont donc très mal défendus. « Il n’y a pas un jour sans que les ouvriers ne fassent pas un sitting, voire une manifestation. Du fait de la crise économique, de nombreuses entreprises ont dû fermer ou ne paient pas les salaires des ouvriers », raconte Azadeh Kian, sociologue et auteure de L’Iran : un mouvement sans révolution ?.

Si la situation des ouvriers était déjà mauvaise avant son élection en 2013, Hassan Rohani n’a pas fait de l’amélioration de leurs conditions de travail sa priorité. « Il y a un vrai mécontentement social en Iran. Et Hassan Rohani n’a pas fait de loi pour donner plus de représentativité aux ouvriers. Il n’a pas fait grand-chose pour cette catégorie de la population », commente Thierry Coville. Azadeh Kian explique que « la priorité dans les programmes économiques est donnée aux grandes villes car c’est là que la majorité de la population habite ». 

Le choix de l’abstention

Le premier mandat de Hassan Rohani est une déception parmi les classes populaires. Après les protestations des syndicats ouvriers le 1er mai, il a accepté de revenir sur la loi sur le travail qui doit être discutée au Parlement. Pour autant, il n’est pas sûr que cette promesse lui permette de reconquérir le vote des travailleurs. Pour Azadeh Kian, « le risque pour Hassan Rohani c’est l’abstention ». Les déçus de la présidence pourraient ne pas aller voter. Lors de la dernière présidentielle, en 2013, le taux de participation s’est élevé à 72.7 %. « Plus le taux de participation est élevé, plus ça avantage Rohani », explique Thierry Coville.

Face à Hassan Rohani, Ebrahim Raïssi, conservateur, tente de séduire les classes les plus défavorisés en promettant des aides financières et la création de millions d’emplois. Il pratique une politique économique « d’aumône », proche de l’action des fondations religieuses dont il est issu. Les Iraniens les plus pauvres bénéficient de soutiens financiers des fondations religieuses telle que le comité d’aide de l’Iman, un comité ultra conservateur doté d’importants moyens budgétaires. « Ils aident les plus défavorisés et en contrepartie ils leur demandent d’aller voter pour les candidats conservateurs. C’est du clientélisme », analyse Azadeh Kian. Pour autant, elle n’estime pas la classe ouvrière très sensible au candidat Raïssi.

Face aux propositions populistes de Ebrahim Raïssi, Hassan Rohani a récemment annoncé l’augmentation des subventions pour les classes populaires. Mais il a surtout défendu son bilan économique Pour Thierry Coville,celui-ci est loin d’être mauvais : « Le bilan est bon : la croissance est à plus de 6 %, l’inflation en dessous des 10 %. Mais le problème, c’est qu’il faudrait plusieurs années de croissance pour faire baisser le chômage. » Thierry Coville, comme Azadeh Kian, jugent peu probable la victoire d’Ebrahim Raïssi.

Dune Froment


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *