Élections législatives en Algérie : tout ça pour rien ?

Ce jeudi 4 mai, les Algériens se rendent aux urnes pour les élections législatives dans un contexte de crise économique profonde. Malgré les multiples revendications d’une population où les 16-24 ans connaissent un taux de chômage de 26,7%, la situation reste figée, laissant planer la menace d’un taux d’abstention historique.

À 80 ans, dont 18 à la tête de l’Algérie, Abdelaziz Bouteflika faiblit. Cela fait plusieurs années que le président n’exerce plus de rôle public (depuis son AVC en avril 2013). À l’image de la réalité électorale algérienne, le jeu politique est convenu, avec des acteurs qui ne peuvent réellement exister. Le scénario serait écrit d’avance. En Algérie, on affirme déjà que le FLN (Front de libération nationale, au pouvoir) et son allié le RND (Rassemblement national démocratique) arriveront en tête. De quoi remettre en question l’utilité d’une élection qui ne passionne pas les premiers concernés : les électeurs.

Un débat politique atone

12 591 candidats, 63 partis, 23 millions d’inscrits pour 462 postes de députés à renouveler. Des fractures sociales importantes, des luttes entre clans et malgré les enjeux majeurs, l’opinion publique reste indifférente. L’élection est pourtant essentielle dans un pays en crise : selon le FMI, la croissance de l’économie algérienne devrait ralentir sur les prochaines années, avec une importante hausse du taux de chômage. Ajoutez à cela la baisse du prix du baril, ramené de plus de 100 dollars à moins de 50 depuis juin 2014. L’équilibre financier de l’État algérien, qui tire 95 % de ses recettes d’exportation et 60 % de son budget des hydrocarbures, est plus que jamais menacé. D’autant plus que les rentes pétrolières ont chuté de 70% sur les deux dernières années.

La pérennisation de l’économie semble donc être la principale question en Algérie. Pourtant, le sujet économique n’a pas occupé une place prépondérante dans les débats politiques de ces législatives. Pire, il a été envoyé au second plan. Des acteurs importants tels que les entrepreneurs n’y ont pas pris part et la question des alternatives aux hydrocarbures est glissée sous le tapis.

 

Crédit : AFP

Le gouvernement tente tout pour rester légitime

Pour le gouvernement, le principal enjeu était en réalité le taux de participation. En 2012, il était de 42,90% et il pourrait atteindre un niveau historiquement bas. Dans ce cas, la légitimité des forces mises en place serait remise en question et la succession du président Bouteflika pourrait être enfin abordée. Face à cela, les dirigeants du plus grand pays du Maghreb ont tenté le tout pour le tout : spots publicitaires, meetings, campagnes d’affichages ou encore appels aux imams du pays. Le président Bouteflika, lui même, s’est fendu d’un communiqué expliquant que la participation des Algériens représenterait leur « contribution personnelle à la stabilité du pays ».

L’opposition n’a pas réussi à enclencher une dynamique permettant de modifier les rapports de force, malgré son regroupement au sein de la Coordination National pour les Libertés et la Transition Démocratique (CLTD). À sa décharge, le régime a tout fait pour la museler et dispose de moyens permettant d’affaiblir tout mouvement d’opposition (coupure d’électricité, fermeture des locaux, censure). Ce contexte pousse la population au désintérêt face à cette échéance électorale. Pourtant, il existe bel et bien un potentiel de révolte au sein de la population. Les confrontations avec la gendarmerie et la police sont quotidiennes, mais restent ponctuelles et cessent une fois que les revendications sont comblées.

C’est finalement une crispation générale qui existe au sein de la société algérienne. Traumatisée par la guerre civile des années 1990, elle subit la propagande gouvernementale qui diabolise le concept de démocratie et met en exergue la stabilité de son régime. Si bien que l’on parle déjà d’un cinquième mandat, pour un président que les Algériens qualifient pourtant de « fantôme ».

 

Malik MIKTAR