Mondorient express (10 avril – 17 avril)

Une nouvelle semaine riche en événements au Moyen-Orient. Pour s’informer ou réviser, voici le condensé de l’actualité des 7 derniers jours, pays par pays.

Turquie

Timide victoire du oui au référendum constitutionnel. Les électeurs turcs ont approuvé dimanche d’une courte majorité la réforme visant à instaurer un régime présidentiel aux pouvoirs élargis. Selon un décompte provisoire, le camp du oui l’a emporté avec 51,3% des voix, mais le président n’a pas obtenu le plébiscite qu’il espérait et l’opposition dénonce des “manipulations”, demandant notamment un recomptage des bulletins dans 60% des bureaux de vote. Avec la disparition du poste de Premier ministre, le président Recep Tayyip Erdogan jouit désormais d’un contrôle sans précédent sur le pouvoir exécutif, mais aussi législatif et judiciaire. Il pourrait rester au pouvoir jusqu’en 2029. Un nouveau pas vers l’autoritarisme, dans un contexte déjà marqué par l’épuration de l’armée et les arrestations massives de fonctionnaires.

Syrie

Pour Bachar al-Assad, l’attaque chimique de Khan Cheikhoun est une « fabrication à 100% ». Un bombardement « monté de toutes pièces » par les pays occidentaux pour servir de « prétexte aux frappes de Washington ». Tel est le point de vue du président syrien sur l’attaque qui a fait 82 morts, dont 30 enfants. Son allié Vladimir Poutine a quant à lui mis en garde contre une nouvelle utilisation de gaz toxiques. Il s’agirait selon lui d’une pratique des rebelles pour légitimer une seconde opération américaine contre le régime. La Russie a bloqué cette semaine au Conseil de sécurité des Nations Unies les deux résolutions proposant de mener une investigation approfondie sur le bombardement chimique. Bachar al-Assad a de son côté précisé qu’il allait « œuvrer avec les russe pour une enquête », mais que celle-ci devait être « impartiale ».

L’évacuation des villes assiégées tourne au carnage. Près d’Alep, un attentat à la voiture piégée contre des civils évacués a fait 126 morts, dont 68 enfants, selon un bilan communiqué par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme. Samedi 12 avril, une camionnette transportant de l’aide alimentaire a explosé près des 75 bus transportant des personnes évacuées. Il s’agit d’un des attentats les plus sanglants depuis le début de la guerre il y a six ans. 89 des personnes tuées étaient des civils de Foua et Kafraya, deux localités chiites loyalistes du nord-est du pays encerclées par des groupes radicaux. Elles avaient pu partir en convois humanitaires la veille en vertu d’un accord parrainé par le Qatar, appui des rebelles, et l’Iran, soutien du régime. En contrepartie, Madaya et Zebdani, deux villes à majorité sunnite de la province de Damas encerclées par le régime avaient commencé à être évacuées. L’accord, qui doit permettre la mise à l’abri de 30 000 personnes, prévoit également un échange de prisonniers entre les deux camps. Les évacuations ont repris dimanche matin.

Yémen

L’ONU alerte sur le risque de famine. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) a relevé le niveau d’alerte mardi 11 avril, craignant une mortalité massive chez les populations vulnérables. Le pays, régulièrement bombardé par l’Arabie saoudite et ses alliés, connaît en ce moment une sécheresse qui aggrave la situation. Blocus aérien et infrastructures détruites empêchent les humanitaires de travailler normalement. D’après les chiffres de l’ONU, 17 millions de personnes sont menacées de grave insécurité alimentaire et 2,2 millions d’enfants souffrent de malnutrition aiguë.

25 soldats et rebelles yéménites tués en moins de 24 heures. Les forces gouvernementales tentaient de reprendre la base militaire de Khaled Ibn Al-Walid, située dans la province de Mokha, tenus par les rebelles Houthis depuis deux ans.

Israël

Une étudiante britannique de 23 ans assassinée à l’arme blanche. Elle a été poignardée par un Palestinien dans un tramway de Jérusalem vendredi 14 avril. L’homme de 57 ans, habitant de Jérusalem-Est, souffrait de troubles psychologique et a été arrêté par la police.

Les prisonniers palestiniens préparent une grève de la faim. Marouane Barghouti, le dirigeant emblématique du Fatah emprisonné depuis 5 ans, appelle les 2900 prisonniers de l’organisation à commencer lundi 17 avril une grève de la faim. Le but ? Dénoncer les conditions de détentions et réclamer la fin des détentions administratives. Les prisonniers palestiniens n’ont pas le droit d’étudier, leurs visites sont strictement contrôlées et ils n’ont pas accès au téléphone public.

Iran

Candidature surprise de l’ancien président. Mahmoud Ahmadinejad, ancien chef d’État ultraconservateur entre 2005 et 2013, a déclaré sa candidature à l’élection présidentielle qui aura lieu le 19 mai prochain. Encouragé par l’ayatollah Ali Khamenei, il avait renoncé à présenter sa candidature en septembre dernier, malgré une popularité importante. Son revirement est vu comme une provocation à l’égard du guide suprême. Sa candidature doit encore être validée par le Conseil des gardiens de la constitution, qui veille au respects des idéaux révolutionnaires. L’annonce pourrait en réalité être un moyen de faire pression sur ce même Conseil pour qu’il soutienne la candidature du poulain d’Ahmadinejad et ancien vice-président, Hamid Baghaie. Cet organe a jusqu’au 27 avril pour se prononcer. À bientôt un mois du scrutin, Hassan Rohani fait figure de favori à sa propre succession.

Inondations meurtrières dans le nord-ouest du pays. Au moins 35 personnes ont été tuées et 8 sont autres portées disparues dans des inondations suites à de fortes pluie dans la province d’Azerbaïdjan de l’est. Il s’agit d’un bilan provisoire, car la météo ne s’est pas encore stabilisée. Des équipes de secours du Croissant-Rouge et de l’armée ont été déployées.

Irak

L’Organisation État islamique ne contrôle plus que 7% du territoire, selon l’armée irakienne. Ce chiffre s’élevait à 40% en 2014, a précisé le général Yahya Rassoul, porte-parole du commandement conjoint des opérations.

Des civils piégés dans les combats à Mossoul à cause de fortes crues. Alors que la reprise de Mossoul continue, une forte crue du Tigre a coincé hier une partie des habitants fuyant les combats à Mossoul-ouest. Des centaines de civils ont dû monter sur des embarcations de fortunes en bois. Les crues empêchent également les organisations humanitaires d’atteindre le camp de Hammam al-Alil, où convergent les réfugiés.

Arabie saoudite

9 milliards de dollars pour Ryad. C’est la somme que le royaume annonce avoir levée pour sa première émission d’obligation islamique, appelé sukuk. Les sukuks sont des obligations compatibles avec la charia, qui interdit les intérêts bancaires. Ils associent les investisseurs aux gains d’un investissement donné. Le pays, qui a emprunté sur les marchés internationaux pour la première fois l’année dernière afin de combler les déficits liés à la baisse du cours du baril de pétrole, n’a eu aucun mal à attirer les financeurs.

Égypte

Deux terroristes de l’OEI identifiés. Les autorités ont déclaré jeudi 13 avril avoir identifié le terroriste de l’OEI à l’origine des attaques survenues à quelques heures d’intervalle dimanche dernier contre une église copte à Tanta, dans le nord du pays. Il s’agirait de Mahmoud Hassan Moubarak Abdallah, un cadre de l’OEI de 40 ans né à Qéna en Haute-Égypte. Le deuxième terroriste, qui a attaqué le même jour l’Église Saint-Marc d’Alexandrie avait été identifié la veille comme Mahmoud Hasan Moubarak Abdallah, également né à Qena en 1986. Les deux attentats ont fait 45 morts et causé le déclenchement de l’État d’urgence dans le pays.

Afghanistan

Le bilan de la plus « puissante bombe non nucléaire » jamais lâchée revu à la hausse. Les États-Unis avaient d’abord avancé que l’attaque avait tué 36 djihadistes de l’OEI en Afghanistan. C’est finalement un bilan trois fois plus lourd, 92 morts, qui a été communiqué par les autorités afghanes. Cette bombe à effet de souffle massif, dont les retombées sont visibles dans un rayon de 32 km, pèse plus de 11 tonnes. Larguée par l’armée américaine dans le district d’Achin, à l’est du pays, elle visait des grottes où un soldat avait été tué quelques jours auparavant. L’ancien président afghan Hamid Karzaï a dénoncé « une attaque inhumaine et une utilisation brutale de notre pays comme terrain d’essai ». L’actuel chef de l’État Ashraf Ghani a toutefois apporté son soutien à l’état-major américain, évoquant « bonne arme pour la bonne cible ».