Bahreïn : théâtre de la lutte irano-saoudienne

 

L’archipel de Bahreïn, dont l’île principale s’étend sur 775km², a lui aussi connu sa révolution en 2011. Mais ce royaume à majorité chiite n’a pas eu le même destin que la Tunisie. La répression dans le pays du golfe Persique a mis en lumière la lutte d’influence entre les deux États les plus puissants de la région : l’Iran et l’Arabie saoudite.  

Quatorze personnes soupçonnées d’appartenir à une cellule terroriste ont été arrêtées lundi 27 mars par les autorités de Bahreïn. Elles projetaient des attentats contre plusieurs hautes personnalités du pays. Des arrestations a priori sans enjeu géopolitique majeur, sauf que, toujours selon un communiqué gouvernemental, les suspects auraient suivi une formation militaire au côté des Gardiens de la révolution islamique iranienne. Le même jour, Bahreïn accuse clairement son voisin iranien d’ingérence. Pourtant, la République islamique dément toute implication dans cette cellule terroriste.  Un événement qui démontre une fois encore que la politique intérieure bahreïnie, souvent dictée depuis Riyad, demeure sous l’influence de l’autre géant du Moyen-Orient : l’Iran.  Cet événement démontre que la politique intérieure bahreïnie reste souvent liée aux deux géants : l’Iran et l’Arabie saoudite.

Bahreïn, positionnement stratégique // Google Maps

Bahreïn est un royaume qui compte un peu moins d’un million et demi d’habitants. Une population à majorité chiite (65%), dirigée par la dynastie sunnite des al-Khalifa. Officiellement devenu une monarchie constitutionnelle depuis un référendum en 2001, Bahreïn reste un régime autoritaire. En 2011, comme la plupart de ses voisins arabes, le pays connait une période de troubles politiques. À l’instar des autres « printemps arabes », la société civile se manifeste en demandant moins de chômage, plus de liberté et de démocratie. Une revendication supplémentaire vient s’ajouter à Bahreïn : les manifestants veulent plus d’égalité entre chiites et sunnites. Réunis place de la Perle à Manama, la capitale, ils sont réprimés durement par le régime. Le bilan est de 28 morts.

Les deux parrains 

À peine un mois après le début de la contestation, le Conseil de coopération du Golfe qui réunit les six pétromonarchies du golfe Persique (Oman, Koweït, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar et Bahreïn), vient en aide à la dynastie sunnite des al-Khalifa. Plusieurs milliers de soldats et policiers sont envoyés à Manama. Ils sont en grande majorité Saoudiens.

        Intervention des forces du Conseil de coopération du Golfe à Bahreïn en mars 2011. // Bahrain TV

Le 16 mars 2011, Ali Larijani, président du Parlement iranien condamne les agissements de son ennemi saoudien :  « L’intervention du Conseil de coopération du Golfe est une menace pour la sécurité régionale et globale. »  Finalement, l’Iran n’interviendra pas militairement et l’opposition entre les deux grands de la région ne dépassera pas le stade des invectives.

Bahreïn : enjeu entre l’Iran et l’Arabie saoudite depuis 60 ans

L’Iran et l’Arabie saoudite s’accrochent régulièrement sur le sort de Bahreïn depuis plusieurs dizaines d’années. La raison est historique. En 1957, l’Iran déclare le Bahreïn « 14e province iranienne ». Thomas Flichy, auteur de l’Iran au-delà de l’islamisme, fait remonter la relation entre le petit archipel et le géant chiite bien avant le XXe siècle : « Les liens entre Bahreïn et l’Iran sont historiques. Cela s’explique par la présence de l’Empire perse sur ce petit territoire. » Avec la Révolution islamique en 1979, l’Iran se pose en défenseur des musulmans chiites dans la région. Systématiquement, le pays condamne la répression du pouvoir al-Khalifa contre la population chiite, notamment lors des manifestations de 1995. « Il y a une volonté de l’Iran de maintenir des liens commerciaux et de garder une présence et une influence à Bahreïn », explique Thomas Flichy.  De son côté, comme l’analyse Jean-Paul Burdy spécialiste de la région :  « Bahreïn est une sorte de protectorat tacite de l’Arabie saoudite depuis son indépendance en 1971. » En 1986, le roi Fahd d’Arabie saoudite fait construire un pont payé intégralement par Riyad entre son pays et Bahreïn. Les troupes du Conseil de coopération du Golfe entrent à Manama,  en mars 2011 pour réprimer les manifestants, par la Chaussée du roi Fadh.

La dynastie al-Khalifa, allié indéfectible de Riyad

Le roi de Bahreïn soutient également la politique saoudienne dans la région. Après l’exécution du Cheikh Nimr par le royaume wahhabite et les tensions avec l’Iran, Bahreïn suspend ses relations diplomatiques avec la République islamique d’Iran. En mars 2015, quinze avions militaires de Bahreïn participent à l’intervention militaire au Yémen dirigé par l’Arabie saoudite. Depuis 1995, Manama accueille également la Ve flotte de la marine américaine, allié des Saoudiens. Le pays a donc une place géostratégique qui dépasse la région du Moyen-Orient.

2016, regain de tension

Cheikh Issa Qassem // Flickr

Cette guerre par procuration que se mènent l’Iran et l’Arabie saoudite à Bahreïn a culminé en juin 2016. Le plus haut dignitaire chiite du pays, le Cheikh Issa Qassem, a été déchu de sa nationalité bahreïnie par les autorités. Il est accusé de « blanchiment d’argent », de « collecte illégale de

fonds », « d’encourager le confessionnalisme » et de « servir des intérêts étrangers » en référence à l’Iran.  Une décision contestée par les États-Unis et la France, pourtant alliés de l’Arabie saoudite. Ghassem Soleimani, chef des Gardiens de la Révolution islamique d’Iran avait menacé ses adversaires sunnites : « une ligne rouge qui, une fois franchie, va enflammer Bahreïn et toute la région. » Encore une fois, les tensions n’ont pas dépassé le stade des joutes verbales. Bahreïn, comme le Yémen, reste un espace d’influence où s’exprime la guerre diplomatique entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

 

Madjid Khiat


 

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