Wassim Nasr : « L’Etat islamique cède du terrain parce que la pression militaire est importante »

Wassim Nasr est journaliste à France 24. Diplômé de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et du Centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS), il est expert des mouvements djihadistes.

 

Mondorient : Les États-Unis étaient-ils les grands absents des pourparlers d’Astana sur la Syrie ?

Wassim Nasr : Les puissances occidentales n’ont plus leur mot à dire dans cette nouvelle équation. Ce sont les puissances régionales moyennes telles que la Turquie et l’Iran ainsi que la Russie qui imposent les règles du jeu. Ils possèdent des forces militaires sur le terrain, ce qui est une donnée importante. Il est trop tôt pour dire si l’élection de Donald Trump changera quelque chose dans la région, il faut attendre que le président américain prenne une position claire sur la Syrie.

Aujourd’hui, comment est composée l’opposition syrienne ?

L’opposition syrienne est divisée en plusieurs catégories. Une première opposition au régime de Damas a accepté  le jeu politique. Elle a participé aux négociations d’Astana de janvier dernier, par la personne de Mohamed Allouche, leader de Jaych al-Islam. Cette opposition voit les Russes comme garant de ces pourparlers, elle a été reconnue comme un interlocuteur par le pouvoir syrien.

Mohamed Allouche chef des négociateurs de l’opposition à Astana // Flickr

La seconde opposition est politique et n’a pas pris les armes, mais elle est moins présente sur le terrain.

Enfin, la troisième opposition est représentée par les factions djihadistes. A la fin du mois de janvier, une fusion a eu lieu  entre plusieurs groupes, dont des anciens du Front al-Nosra, formant le Conseil de libération du cham. Il existe également les factions salafistes comme Ahrar al-Sham, qui a pris plusieurs groupes sous son aile. Il y a eu des dissensions au sein d’Ahrar al-Sham sur la participation aux négociations d’Astana, les plus radicaux étaient contre une présence au Kazakhstan.

A Idleb, située au nord ouest de la Syrie, il existe une mosaïque des composantes djihadistes. Damas y parque tous ceux qui quittent les zones de trêves à Idleb, depuis Alep, Homs, Ghouta et dernièrement Wadi Barada.

Selon un rapport des Nations-Unies, l’Organisation État islamique reste une menace malgré des revers sur le terrain. Est-ce que l’OEI recule ?

L’Etat islamique recule à l’ouest d’Alep, mais ce n’est pas le cas à Deir ez-Zor et Palmyre. Dans les alentours de Raqqa, capitale de l’État islamique en Syrie, les djihadistes cèdent du terrain parce que la pression militaire est très importante. Si elle diminue, la donne pourrait changer. La question des Kurdes est au cœur de la problématique : s’ils ne sont plus aidés par les Américains, cela pourrait profiter à l’EI. Le cas irakien est intéressant, lorsque les États-Unis souhaitent mettre les Gardiens de la révolution iranienne sur la listes des organisations terroristes, la collaboration avec l’Iran est mise à mal. On attend la position de Donald Trump sur la question kurde, c’est trop tôt pour se prononcer.

Propos recueillis par Madjid Khiat