Israël : les juifs éthiopiens en quête d’égalité

Les falashas, ces juifs éthiopiens qui ont récemment regagné Israël, sont une des nombreuses minorités qui composent l’État hébreu. Relégués comme des citoyens de seconde classe, certains falashas se dressent contre les discriminations systématiques qui les frappent.

Les images ont fait le tour du monde. Il y a deux ans, un jeune soldat de Tsahal (l’armée israélienne) se fait molester par deux policiers israéliens près de Tel-Aviv, alors qu’il refuse de suivre leurs indications. Seul souci, ce jeune conscrit, Demas Fikadey, appartient à la communauté falasha, celle des « juifs éthiopiens ». Une communauté souvent marginalisée par le pouvoir israélien. S’en suivent d’importantes manifestations d’immigrés éthiopiens à Jérusalem et à Tel-Aviv, dénonçant le racisme institutionnel dont les falashas font l’objet. Un profond malaise s’empare de la classe politique du pays après la déclaration du chef de la police israélienne, Roni Alsheik :

« Les falashas sont naturellement suspects. Dans toutes les études criminologiques du monde, les immigrés sont plus souvent impliqués dans les crimes, et ça ne doit pas nous surprendre. »

Il sera rapidement contredit par le président de la République, Reuven Rivlin, pour qui la situation des falashas est « une plaie ouverte dans la société israélienne ».

Deux ans après les émeutes, la situation n’a toujours pas évolué pour les quelques 150 000 juifs éthiopiens qui vivent en Israël. En décembre dernier, encore plusieurs centaines d’entre eux défilaient dans les rues de Jérusalem pour refuser de faire le service militaire, pourtant obligatoire. Le slogan est simple : « Sans droits, ne prenez pas la peine de nous parler d’obligations ! »

Une discrimination ancienne

Les falashas (« exilés » en amharique) vivaient originellement dans le Gondar, une province du nord de l’Éthiopie, depuis environ 1000 av. J.-C selon certaines versions. Mais le processus de reconnaissance de leur judéité date seulement du XXe siècle. Et pour cause, les falashas ont été pendant de longs siècles coupés des autres communautés juives. En 1921, le Grand rabbin de la communauté ashkénaze de Palestine considère le caractère juif des falashas. Lors de la création de l’État hébreu en 1948, le gouvernement de David Ben Gourion leur refuse pourtant le droit d’émigrer. C’est seulement à partir des années 1970 que les juifs éthiopiens sont autorisés à réaliser leur alya.

Les migrations sont d’abord clandestines. Avant qu’en 1975 Yitzhak Rabin accepte leur caractère juif et leur ouvre la « loi du retour » vers la Terre d’Israël. L’émigration des falashas, racontée dans le film Va, Vis et Deviens, fera l’objet de deux opérations spectaculaires : l’opération Moïse en 1984 et Salomon en 1991. Deux ponts aériens pour rapatrier près de 25 000 falashas vers Israël. Malgré ces efforts pour les rapatrier en Israël, aucun effort ne sera fait par le gouvernement pour les intégrer.

Un “racisme institutionnel”

S’intégrer dans la société israélienne en tant que falasha n’est pas chose aisée. Dans Va, Vis et Deviens, le jeune Schlomo fait d’ailleurs face à deux obstacles majeurs : sa couleur de peau et le refus du rabbinat ashkénaze de reconnaître sa judéité.

Nombreuses sont les discriminations. Les dons de sang des juifs éthiopiens ont pendant longtemps été rejetés systématiquement par crainte de contamination. En 2013, un scandale éclate : la députée juive éthiopienne Pnina Tamano-Shata se voit refuser de donner son sang. La raison : son sang serait « particulier ». Les malversations médicales sont légions. Entre 2000 et 2015, le taux de fécondité des femmes falashas a baissé de près de moitié après que des médecins israéliens leur ont administré une contraception en lieu et place d’un simple vaccin.

Les falashas sont marginalisés en tant que minorité ethnique, et non en tant que minorité religieuse. Alors que le taux de chômage israélien est retombé en dessous des 5%, près d’un juif éthiopien sur deux n’a pas d’emploi. De même, ils sont trois fois moins nombreux à avoir accès à l’université que les juifs israéliens. D’après Ohad, un falasha interrogé sur RFI, tout est plus compliqué en Israël lorsque l’on est noir : « Depuis 30 ans, nous souffrons du racisme… Dans l’éducation, dans le logement. Si on veut par exemple louer un appartement, les gens ne veulent pas la plupart du temps, parce qu’on est Éthiopiens, on est Noirs. » Deux certitudes pour la communauté falasha : ils sont noirs et juifs. Ils restent désespérément tiraillés entre deux pays qui les rejettent: un État résolument hébreu, et la lointaine Éthiopie de leurs ancêtres.

Noé Hochet-Bodin