Saad Hariri, des affaires au monde politique

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Déjà Premier ministre du Liban entre 2009 et 2011, Saad Hariri retrouve le Grand sérail. Le chef du courant du Futur, parti politique sunnite, remplace Tammam Salam, en poste depuis février 2014. Mais qui est vraiment le fils de l’ancien dirigeant libanais Rafic Hariri ? 

 

Vingt-neuf mois sans président. Le Liban a connu une période de vacance présidentielle couplé à une crise politique sans précédente. Lundi 31 octobre, le quorum nécessaire à l’élection de Michel Aoun a débloqué le pays. Le jeudi suivant, le nouveau chef de l’État a chargé Saad Hariri de former le prochain gouvernement libanais.

Saad Hariri, fils de Rafic

La carrière politique de Saad Hariri débute après la mort de son père Rafic Hariri. Ancien Premier ministre, le richissime homme d’affaires meurt dans un attentat à la voiture piégée le 14 février 2005. Son fils de 35 ans prend les reines du parti politique de son père, le Courant du futur, en avril de la même année. Ce parti appartient à l’Alliance du 14 mars, nommé en référence à une manifestation de plus d’un million de personnes qui soutenaient le retrait des troupes syriennes du Liban et réclamaient la lumière sur la mort de Rafic Hariri, un mois après l’attentat. L’Alliance du 14 mars, avec comme chef de file Hariri-fils, remporte très largement les élections législatives de 2005, mais il n’accède pas au poste de Premier ministre.

Le 27 juin 2009, Saad Hariri devient président du Conseil pour la première fois. Mais en janvier 2011 il est obligé de quitter son poste après la démission de plus d’un tiers des ministres de son gouvernement qui appartenaient à la coalition du 8-mars. Ils protestaient contre la mise en place d’un tribunal de l’ONU sur la mort de Rafic Hariri. Cette décision plonge le Liban dans une nouvelle crise politique. Saad Hariri s’oppose alors au Hezbollah, et il préfère rejoindre l’Arabie saoudite pour des raisons de sécurité. Il n’est revenu à Beyrouth qu’en juin dernier.

Autre point de discorde entre le parti chiite et le leader sunnite : la Syrie. Le Hezbollah soutient militairement Bachar-al-Assad depuis mai 2013, quand Saad Hariri s’est rangé au côté de l’opposition syrienne, elle-même allié de l’Arabie saoudite. Pour ce dernier :

« Oui, Assad va tomber… inéluctablement, demain, après-demain ou dans un an. Comment quelqu’un qui a tué un demi-million de son peuple peut-il continuer à gouverner son pays ? »

Comme son père, il incarne le symbole d’un Liban qui s’oppose à la tutelle syrienne.

Saad et Rafic Hariri // Flickr

Un empire financier en difficulté

Saad Hariri suit aussi les traces de Rafic dans le monde des affaires. Avant de rejoindre la scène politique, il gère de 1994 à 2005, la société  Saudi Oger basé en Arabie saoudite. Il possède une fortune estimé à plus de 1,4 milliard de dollars. Pourtant le géant du BTP est endetté à hauteur de plusieurs milliards, ce qui a entraîné des retards de salaires conséquents pour les 38 000 employés du groupe. A travers son empire industriel, c’est la crédibilité du Premier ministre qui est écornée, de Ryad à Paris. Plus de 250 Français travaillant pour Saudi Oger n’ont pas été payé pendant près de dix mois. L’ensemble du clan Hariri subit les difficultés de la société : la chaîne de télévision libanaise Future TV financé par celle-ci a connu des problèmes financiers au cours de la dernière année.

L’homme de 46 ans tente depuis deux semaines de former un gouvernement d’union nationale avec l’ensemble des forces politiques libanaises, en attendant la prochaine échéance législative décisive qui se déroulera en 2017.

Madjid Khiat


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