Yémen: Bab el-Mandeb, le détroit menacé

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Moins connu que le canal de Suez, le détroit de Bab el-Mandeb se trouve pourtant sur la même route. Quatrième point de passage maritime le plus emprunté au monde, il reprend toute son importance avec la guerre civile au Yémen.

Le 1er octobre dernier, un navire émirati coule au large d’Aden après un bombardement des rebelles yéménites (houthistes). Le 10 octobre, c’est au tour d’un destroyer américain de se faire toucher par des frappes houthistes. Ces deux événements suffisent à replacer le détroit méconnu de Bab el-Mandeb au centre des attentions internationales.

Bab el-Mandeb, c’est ce fin bras de mer qui sépare Djibouti du Yémen. Moins de 30 kilomètres par lesquels transitent quotidiennement des dizaines de cargos, pétroliers et porte-conteneurs. Tous les jours, plus de trois millions de barils de pétrole empruntent ce passage pour relier la mer Rouge au golfe d’Aden. L’équivalent de la moitié des importations chinoises en or noir et de 90% des importations japonaises.


Pour protéger ce couloir vital, les grandes puissances investissent les lieux. L’Italie, l’Espagne, le Japon mais surtout la France et les États-Unis ont implanté des bases militaires à Djibouti. Environ 10 000 soldats sont prêts à intervenir en cas de blocage de « La Porte des Lamentations » (traduction de Bab el-Mandeb).

 

Bab El-Mandeb, un objectif de guerre

Bab el-Mandeb reste dans le quasi-anonymat jusqu’en 2014 et l’offensive des rebelles houthistes au Yémen. La minorité chiite, originaire du nord-ouest du pays, se sent à l’époque marginalisée par le pouvoir sunnite et pro-saoudien du président Hadi. L’insurrection gagne très rapidement tout l’ouest du Yémen, à tel point que les Houthis s’emparent de la capitale Sanaa en janvier 2015. Le président en place Abd Rabo Mansour Hadi s’enfuit à Aden puis s’exile en Arabie saoudite. Au moment de son départ, tout le littoral ouest du Yémen est sous le contrôle houthis ainsi que l’île de Périm, véritable porte d’entrée et de sortie de Bab el-Mandeb. La petite île volcanique de Périm compte 300 habitants mais constitue la place forte du détroit.

Lors de l’opération saoudienne lancée en mars 2015, l’une des priorités est de briser la mainmise des rebelles sur la mer Rouge. En octobre 2015, la coalition arabe reprend Périm. Bab el-Mandeb est de nouveau sécurisé et les marines américaines et saoudiennes imposent un blocus maritime aux Houthis, empêchant ainsi les livraisons d’armes par l’Iran. Pourtant, les armes qu’auraient utilisés les Houthis pour tirer sur les navires émiratis et américains seraient chinoises et livrées par l’Iran.

Cet incident en mer Rouge a été rapidement occulté dans les médias occidentaux par le bombardement saoudien d’une veillée funéraire à Sanaa samedi 8 octobre. Pendant des obsèques de la famille d’un ministre houthiste, un raid aérien saoudien a fait 140 morts et plus de 500 blessés. Une indignation générale qu’ont même partagée les États-Unis, annonçant vouloir mener une enquête sur le crime de son allié saoudien.

Noé Hochet-Bodin


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