Front al-Nosra : se séparer pour durer

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Le Front al-Nosra, groupe djihadiste syrien,  n’est officiellement plus lié à Al-Qaïda. Ce divorce décidé d’un commun accord a entraîné différentes réactions. Il pourrait s’agir d’un  choix stratégique de la part du groupe apparu en 2012, au début de la guerre civile syrienne.

Ce n’était que des rumeurs mais c’est désormais officiel. Jabhat al-Nosra rompt ses liens avec Al-Qaïda. Le groupe djihadiste qui combat en Syrie, a annoncé jeudi 28 juillet « arrêter d’opérer sous le nom de Front al-Nosra et de recréer un nouveau groupe portant comme nom le Front Fateh al-Cham. Cette organisation n’aura aucune affiliation avec une organisation étrangère ». Dans une allocution, Abou Mohammed al-Jolani, chef du Front al-Nosra, apparaît pour la première fois face caméra. Il est accompagné de deux lieutenants d’Ayman al-Zawahiri, patron d’Al-Qaïda.

Des réactions contrastées

La fin des relations entre la maison mère et le Front al-Nosra ne bouleverse pas la vision de la communauté internationale au sujet du groupe. Le jour même, l’administration américaine, par l’intermédiaire de son porte-parole Josh Earnest estime que « les dirigeants du Front al-Nosra maintiennent leur intention de mener des attaques contre les pays occidentaux ». L’ONU réagit en maintenant le statu quo : « Le Front al-Nosra restera sur la liste des organisations terroristes malgré le changement de nom. »

Ahrar al-Cham, groupe salafiste syrien soutenu par l’Arabie Saoudite,  « salue la décision d’al-Nosra de rompre avec Al-Qaïda » dans un communiqué publié vendredi 29 juillet. Ces deux groupes étaient déjà alliés depuis le printemps 2015 en créant Jaish al-Fatah (l’Armée de la conquête). Cette coalition avait pris en quelques semaines les villes d’Idleb et Jisr al-Choughour dans le nord-ouest de la Syrie.

Un stratégie pour s’ancrer dans le temps

Un constat se dessine : la scission est mûrement réfléchie et se produit avec l’aval du commandement d’Al-Qaïda. « En rompant ses liens avec Al-Qaïda, le Front al-Nosra démontre clairement son approche de long terme en Syrie », explique Charle Lister spécialiste des questions djihadistes. L’ancienne filiale d’Al-Qaïda peut ainsi se donner une légitimité proprement syrienne. Selon Alain Rodier, directeur de recherche auprès du Centre français de recherche sur le renseignement, « Le fait de ne plus appartenir à Al-Qaïda va permettre à un certain nombre d’États, je pense à l’Arabie saoudite et à certains États du Golfe, d’apporter une aide à ce mouvement en rébellion avec le régime d’Assad ». En plus du soutien logistique, cette rupture va permettre une redéfinition des alliances avec des groupes rebelles et salafistes présents en Syrie. Le nouveau Front Fatah al-Cham devient « fréquentable » et cela se confirme sur le terrain. Depuis lundi, des groupes rebelles et le Front Fatah al-Cham ont lancé une contre-offensive dans le nord-ouest du pays appelé « La Reconquête d’Alep » contre les troupes de Bachar al-Assad et ses soutiens, le Hezbollah libanais et l’Iran.

De son côté, le groupe d’Ayman al-Zawahiri s’écarte du bourbier syrien et n’est plus en concurrence directe avec son principal rival  l’Organisation État Islamique (OEI). Interrogé sur France 24, Wassim Nasr, spécialiste des mouvements djihadistes, va dans le même sens : « Le but d’Al-Qaïda, au-delà de l’idéologie islamiste, c’est d’être imbriqué dans les dynamiques locales pour durer dans le temps. C’est une manière de se différencier de l’EI en disant, “eux, ce qui les intéresse c’est le pouvoir, mais nous, nous voulons gouverner avec les forces locales”. »

Charles Lister pense que : «  Malgré ce changement de nom et d’affiliation, le groupe de Jolani restera le même. » Alors que l’OEI perd du terrain en Syrie, le Front Fatah al-Cham pourrait rapidement se trouver en première ligne.

Madjid Khiat


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