Sykes-Picot: conseils de lecture

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Ce samedi à Cologne, une manifestation européenne  contre les accords Sykes-Picot est organisée par la communauté kurde. La conclusion de ces accords constitue donc, eu égard à ses conséquences, à la fois un tournant historique et une actualité brûlante puisqu’ils ne sont reconnus ni par les Kurdes ni par l’Organisation de l’Etat Islamique (OEI). Afin de prendre du recul sur la situation et de saisir les tensions qui sous-tendent les événements médiatisés, nous avons sélectionné une liste d’articles, de livres et de podcasts qui nous semblent pertinents. Ils mêlent parti pris et analyse objective de la signature des accords Sykes-Picot et de ses effets sur la scène internationale. Tour d’horizon. 

 

Podcast:

Le retour de la “question d’Orient” (3/4) – “Briser la frontière Sykes-Picot” ou la revanche de l’Histoire, France Culture – Cultures monde présentée par Florian Delorme, 8 avril 2015 podcast-france-cultures-monde

Résumé: Le 10 juin dernier, dans la cybersphère djihadiste, un « hashtag »  a été largement relayé sur Twitter « #Sykes Picot Over » mais aussi la photo d’un mur de sable à « Yaaroubiya » (sur l’Euphrate) légendée « Briser la frontière Sykes Picot »… Ce 10 juin, l’Etat Islamique franchissait en bulldozer la frontière entre l’Irak et la Syrie (imaginée en 1916, « secrètement », par le diplomate britannique Mark Sykes et le français François-Georges Picot) et y plantait le drapeau noir, celui de l’organisation de l’Etat Islamique. Alors, presque un siècle après le tracé de cette frontière, le Moyen-Orient entre-t-il dans l’ère post Sykes-Picot ? Grands oubliés des traités internationaux à l’origine de ce partage territorial, les Kurdes pourraient-ils être les grands gagnants d’une reconfiguration territoriale de la région ? 

Intervenants:

  • Laurent Bonnefoy : politologue, chargé de recherche au CERI, spécialiste des mouvements salafistes et de la péninsule arabique contemporaine, et rédacteur en chef de la Revue “Orients stratégiques”
  • Jordi Tejel Gorgas : enseignant-chercheur à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève
  • Pierre-Jean Luizard : historien, chercheur au CNRS et membre du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité

Lien: http://www.franceculture.fr/emissions/culturesmonde/le-retour-de-la-question-dorient-34-briser-la-frontiere-sykes-picot-ou-la

Articles:

« Découpage colonial et nation-building en Syrie mandataire : regards français sur les suites de l’accord Sykes-Picot (1916-1938) », Samir Saul 1

Samir Saul est professeur d’histoire des relations internationales à l’Université de Montréal.

Résumé: L’accord Sykes-Picot est souvent évoqué dans le contexte de la guerre qui se déroule en Syrie depuis 2011. Multiconfessionnel, le pays est menacé d’un éclatement qui remettrait en question les frontières tracées par l’accord Sykes-Picot. Quant au projet américain d’un « Grand Moyen Orient », il redécouperait la région sur des bases confessionnelles. L’irruption d’éléments djihadistes au nord de l’Irak au lendemain de la rédaction du présent article souligne la réalité des défis posés aux États de la région. La Syrie mandataire est une entité multiconfessionnelle et multiethnique qui évolue vers la formation nationale. Mais elle est gouvernée selon des critères confessionnels et ethniques. L’article se penche sur la dynamique contradictoire de la politique française qui se traduit par l’inclusion formelle d’autant d’habitants que possible dans l’État syrien, mais aussi par sa segmentation sur des bases communautaires et confessionnelles. Plutôt qu’à l’action officielle de la France, il s’intéresse au regard porté par la presse française sur cette corrélation problématique. 

 Saul Samir, « Découpage colonial et nation-building en Syrie mandataire : regards français sur les suites de l’accord Sykes-Picot (1916-1938). », Guerres mondiales et conflits contemporains 1/2015 (n° 257) , p. 111-136

Lien : http://cerium.umontreal.ca/fileadmin/Documents/FAS/CERIUM/Documents_PDF/2-Recherche/7-Publications/2015_Publi_Saul_GMCC_257.pdf

 

« Daech ou le Califat pour tous » et  « Le retour du califat », Matthieu Guidère
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Agrégé d’arabe, Matthieu Guidère est spécialiste en géopolitique du Moyen-Orient. Dans ces deux articles, il questionne l’avenir des frontières issues de Sykes-Picot compte tenu de la montée en puissance de l’OEI.

Résumé: La remise en cause des frontières issues de l’accord Sykes-Picot de 1916 a été clairement annoncée dans le discours d’investiture d’ Al-Baghdadi comme « Calife ». Celui-ci s’est empressé d’ailleurs de créer une nouvelle province, al-Furāt, à cheval sur les territoires syrien et irakien. Quid de l’avenir de ces frontières ? 

Guidère Mathieu, « Daech ou le Califat pour tous. », Outre-Terre 3/2015 (N° 44) , p. 149-160  Guidère Mathieu, « Le retour du califat. », Le Débat 5/2014 (n° 182) , p. 79-96

«Les accords SykesPicot, cent ans après», Joseph Maïla 

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Professeur à l’Essec, Joseph Maïla est également l’ancien directeur de la Prospective au ministère des Affaires étrangères.

Résumé: Les accords SykesPicot, qui partagent le Proche-Orient en zones d’influence, ont tout juste cent ans. Quelle situation ont-ils créée ? Comment retrouver un équilibre entre plusieurs forces antagonistes ?

Maïla Joseph, « Les accords Sykes-Picot, cent ans après. », Études 5/2016 (Mai) , p. 17-28

Ouvrages

La France et la tragédie palestinienne : retour sur les accords Sykes-Picot, Philippe Prévost 4

Historien, controversé depuis 2013 et son soutien à Alain Soral, Philippe Prévost rédige un essai très critique à l’égard de la France, représentée par Clemenceau et Picot.

Résumé: Essai historique retraçant le rôle joué par la France entre 1914 et 1922 en Palestine, d’un point de vu diplomatique et politique. Georges Clemenceau ou encore le diplomate François Georges-Picot participèrent de manière déterminante à l’élaboration de la politique étrangère de la France concernant cette partie du Proche-Orient.

Prévost Philippe, La France et la tragédie palestinienne : retour sur les accords Sykes-Picot, Erick Bonnier, Encre d’Orient, 190 pages

La formation de l’Irak contemporain : Le rôle politique des ulémas chiites à la fin de la domination ottomane et au moment de la création de l’état irakien, Pierre-Jean Luizard et notamment « l’annexe II. Les accords Sykes-Picot (mai 1916) »6

Pierre-Jean Luizard est historien, chercheur au CNRS et membre du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité

Résumé: L’État irakien moderne a été créé sous l’influence du colonisateur anglais sur les ruines de la Mésopotamie ottomane et contre la volonté des dirigeants de la plus importante communauté du pays, les ulémas chiites. Les circonstances de la fondation de cet État-Nation, inspiré par la pratique européenne et imposé par la force face au projet islamique transnational des religieux, expliquent l’origine de nombreux conflits en Irak et au Moyen-Orient. Retracer les événements majeurs qui ont affecté l’Irak au début du siècle, resituer le rôle des religieux chiites, jusqu’ici occulté par les historiens occidentaux aussi bien qu’irakiens, permet de comprendre la question chiite telle qu’elle se pose aujourd’hui sur les rives du Tigre et de l’Euphrate et, en particulier, le processus qui a donné naissance au chiisme politique. Les origines de la « question irakienne » remontent bien au-delà du régime actuel de Saddam Hussein. Un retour sur l’histoire et la société est d’un grand intérêt pour comprendre le présent. Ce livre retrace la genèse de la formation d’un système politique dont l’effondrement sanglant et interminable se déroule aujourd’hui devant nos yeux.

Luizard Pierre-Jean. La formation de l’Irak contemporain : Le rôle politique des ulémas chiites à la fin de la domination ottomane et au moment de la création de l’état irakien. Paris : CNRS Éditions, 2002, 557 pages

Adil Kourtih


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