Le contre-choc pétrolier

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Les pétromonarchies du Golfe font face à d’importantes difficultés financières depuis la baisse des cours du pétrole. Devant leur incapacité à contrôler les prix de l’or noir, elles sont contraintes de révolutionner leur modèle économique.

 

L’OPEP s’est-elle tirée une balle dans le pied ? Le 17 avril dernier se réunissaient à Doha les principaux pays exportateurs de pétrole. Leur but : ralentir le rythme de production pour que le prix du baril reparte à la hausse. Une journée de négociations et aucune résolution. Un échec cuisant que tente de relativiser le secrétaire général de l’OPEP, Abdallah el-Badri : « Nous espérons un redressement des prix du pétrole en 2017. Le seul problème que nous avons est un surplus d’offre. »

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Pays membres de l’OPEP / Mondorient

La vraie raison de ce fiasco est l’absence de l’Iran à la table des négociations dans la capitale qatarie. Dans la bataille sans merci qui l’oppose au rival saoudien, le pétrole est un levier déterminant. Et chacun se renvoie la responsabilité du faible coût du pétrole, la ressource vitale de cette région. Lorsque le ministre iranien du Pétrole Namdar Zangeneh annonce que « si l’Iran gèle sa production pétrolière au niveau de février (un million de barils, contre trois millions aujourd’hui), cela signifierai que le pays ne bénéficierait pas de la levée des sanctions », le ministre saoudien de la Défense Mohammad Ben Salmane lui rétorque que « l’Arabie Saoudite réduira sa production si l’Iran en fait autant. » Un dialogue de sourd.

“Vision saoudienne à l’horizon 2030”

En réalité, c’est l’Arabie Saoudite qui a lancé les hostilités en 2014. Prévoyant la signature de l’accord sur le nucléaire iranien et l’augmentation de la capacité du schiste américain, Riyad avait maintenu au maximum sa cadence de production malgré la baisse de la demande mondiale. En refusant ainsi de jouer son rôle de variable d’ajustement (car elle est le premier producteur avec 11 millions de barils par jour), l’Arabie Saoudite pensait rester l’acteur incontournable du marché. Résultat, plus d’un an et demi après, les cours se sont effondrés de 60%. Effondrées, c’est aussi le cas des économies du Golfe.

Le choc produit par la baisse du prix du pétrole se fait ressentir à travers toute la Péninsule Arabique.

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Le vice-prince héritier et ministre de la Défense saoudienne, Mohammad Ben Salmane // Wikimediacommons

Les déficits des pétromonarchies ont explosé. En Arabie Saoudite, le déficit en 2015 représentait 20% du PIB, un record. Rien d’étonnant pour un pays dont 90% des revenus sont tirés du pétrole. Cette piqûre de rappel n’a pas tardé à faire régir le jeune ministre de la Défense Mohammad Ben Salmane, nouvel homme fort du royaume. Le trentenaire, en charge de la stratégie énergétique de son pays, est régulièrement présenté comme l’architecte du changement saoudien dans les colonnes de la presse occidentale.

Et c’est une véritable révolution économique qu’il a proposé au Conseil des ministres saoudien le 24 avril dernier. Une vaste refonte du modèle industriel qui devrait perturber la tradition rentière du royaume. Sobrement appelé « Vision saoudienne à l’horizon 2030 », le plan repose sur la cotation en bourse de 5% du géant du pétrole saoudien Aramco. Cette méga-entreprise étatique, première dans le secteur énergétique, détient toutes les réserves du royaume. La vente de 5% d’Aramco devrait rapporter 2 000 milliards de dollars aux Saoud. De quoi payer les lourdes dépenses de fonctionnement du pays et créer un fond souverain d’investissement pour diversifier les sources de revenus. Une stratégie qui s’est déjà avérée payante pour le Bahreïn dans le domaine artistique et pour le Qatar dans le domaine sportif.

Noé Hochet


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