Damas, calme et chaos

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Capitale loyaliste au pouvoir de Bachar al-Assad, Damas est touchée directement par le conflit qui mine la Syrie depuis 5 années. L’agglomération de plus de 2,5 millions d’habitants est le théâtre d’une répression de la police dans les quartiers Sud. Calme ou chaos, à quoi ressemble Damas en temps de guerre ?

C’est la plus ancienne ville du monde continuellement habitée. Le califat Omeyyades (661-750) en avait fait sa capitale. Principal vestige de cette période faste, la vieille ville où s’érige la monumentale Mosquée des Omeyyades et où le souk est encore actif. Damas, aujourd’hui capitale d’un pays en ruine, tient encore debout. Le régime cantonne la présence de rebelles et de djihadistes dans les quartiers environnants au prix d’une forte répression.

La mosquée des Omeyyades, joyau de la vieille ville de Damas // Wikimedia ommons
La mosquée des Omeyyades, joyau de la vieille ville de Damas // Wikimedia Commons

2012 : La Bataille de Damas
Pourtant, Damas a été le théâtre d’une véritable guerre de rues au début du conflit. La « Bataille de Damas », se joue pendant l’été 2012. A elle seule, elle conditionne la survie du régime de Bachar al-Assad. Un an après le début du « printemps arabe » ayant fait place à une guerre civile, l’Armée syrienne libre lance l’assaut sur la capitale du régime baasiste le 15 juillet 2012. Elle est appuyée par différents autres groupes rebelles, dont le Front al-Nosra. Rapidement en difficulté, l’opposition syrienne frappe un grand coup dès le 18 juillet. Ce jour-là, le ministre de la Défense et le chef de la Sécurité Nationale meurent dans un attentat-suicide. Paradoxalement, l’armée officielle syrienne parvient à chasser les rebelles à compter de ce jour. La bataille de Damas, centrale dans la stratégie de l’opposition, s’avère un échec pour elle. En deux semaines, les rebelles sont sévèrement défaits. Damas restera fidèle à Bachar.

La capitale au quotidien

Difficile de dresser un portrait de la vie de Damas en guerre aujourd’hui tant les quartiers et les témoignages diffèrent. Et rares sont les journalistes qui obtiennent l’autorisation de pénétrer à Damas. Pour Thomas Prouteau, Grand Reporter à RTL, présent à la mi-janvier :

« Les rues du centre de Damas sont embouteillées du matin au soir. Les livreurs du souk se faufilent au milieu des klaxons. Les magasins sont ouverts. Les fonctionnaires vont au bureau. Sur les terrasses, c’est musique et narguilé. » Une image idéalisée qui ferait oublier les incessants bombardements des avions syriens et russes sur les zones détenues par l’opposition. Le calme du centre-ville tranche avec le chaos qui règne en banlieue.
« Descendez une rue où tout semble indiquer que la vie suit son cours (commerces, voitures, cafés), puis quittez-la, et vous entrez dans un monde parallèle fait de sacs de sable, de postes de surveillance, d’hommes armés et de bunkers » décrit le journaliste Peter Oborne.

Les Damascènes continuent donc à vivre coûte que coûte. Pourtant, au sein même de Damas, le régime entretient de nombreux centres de détention et de torture. Des sections de la Sécurité militaire, les sections du Service de renseignement des Forces aériennes de Harasta et de Mezzeh, l’hôpital militaire de Harasta et la prison de Sednaya. (carte)

 

L’État Islamique en ville

 

La ville est assiégée par les forces du gouvernement pour éviter la fuite de djihadistes dissimulés dans les quartiers de Midane, Jobar et Yarmouk. Ce dernier, un camp de réfugiés palestiniens, a été le repère de Daesh jusqu’au mois dernier. En effet, l’Organisation de l’État Islamique et le Front al-Nosra ont quitté trois quartiers du sud de Damas d’un commun accord avec le régime. Les conditions de vie des populations devenaient insupportables. En cause, le siège imposé par l’armée. C’est en tout 4 000 hommes armés qui sont repartis vers l’est. Mesure insuffisante pour que Damas retrouve son calme.

 

 

Noé Hochet


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