Analyse de la finance islamique: les freins au développement (4/4)

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Le développement de la finance islamique peut présenter d’énormes avantages potentiels pour l’économie réelle si les diverses faiblesses du système actuel viennent à être résorbées. Selon le rapport Jouini et Pastré “Enjeux et opportunités du développement de la finance islamique pour la place financière française : 10 propositions pour attirer 100 milliards d’euros d’épargne”, remis en 2008 au comité Paris Europlace, il existe plusieurs “défis à relever” pour le développement de la finance islamique. Nous focaliserons notre étude sur les quatre principaux freins au développement: le manque de transparence, le besoin de liquidités, le degré de supervision financière et l’insuffisance de capital humain.

La transparence

Il n’existe pas de normes comptables homogènes et spécifiques aux institutions financières islamiques. Elles utilisent donc les standards comptables nationaux, les normes IAS, les normes US GAAP ou les normes FAS. Ainsi, le traitement comptable diffère d’un établissement à l’autre. Consciente des difficultés posées par ce manque d’harmonisation, l’Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI) a décidé d’élaborer un projet de normes comptables islamiques largement inspiré des normes IAS-IFRS.

Cette harmonisation des standards comptables semble absolument nécessaire, le rôle des institutions telles que l’AAOIFI  restant seulement consultatif. Or, les différences de traitement comptable sont très importantes. La définition d’un actif est ainsi différente selon les normes. Alors qu’au regard des standards IAS-IFRS  un actif est une « ressource contrôlée par l’entreprise du fait d’événements passés et dont des avantages économiques futurs sont attendus par l’entreprise », selon les normes FAS, est considérée comme un actif toute ressource susceptible de générer des cash-flows futurs positifs, qu’ils reviennent à l’entreprise qui contrôle l’actif ou non.

La  liquidité

Les marchés de produits financiers islamiques manquent de profondeur et de liquidité, par rapport aux marchés financiers conventionnels. Certains compartiments de ces marchés, tels que le marché monétaire, ne sont pas assez développés et l’absence de marchés dérivés sur certains segments, tels que le marché des sukuk, empêche leur croissance.

La profondeur des marchés est limitée pour deux raisons selon Olivier Pastré et Elyès Jouini. D’une part, il est complexe de concevoir certains produits financiers en se conformant à la loi islamique et, d’autre part, il existe un “cloisonnement persistant des marchés financiers nationaux”. Le Liquidity Management Center (Bahreïn) joue un rôle important dans la recherche d’innovations financières de gestion de liquidité conformes aux préceptes islamiques.

La réglementation et la supervision financière

La place particulière qu’occupent les banques islamiques conduit à s’interroger sur plusieurs points. Il convient, par exemple,  de se demander jusqu’à quel degré la réglementation doit être différenciée entre les acteurs de la finance conventionnelle et les acteurs de la finance islamique. En effet, s’il apparaît judicieux d’adopter des réglementations similaires afin de ne pas fausser le libre jeu de la concurrence, il reste qu’une prise en compte des risques spécifiques de la finance islamique est indispensable.

Or, l’empreinte religieuse attachée aux produits financiers islamiques gêne le processus d’intégration et de standardisation au système financier classique.

En 2012, une étude universitaire américaine, comparant banques islamiques et conventionnelles, démontre que les frais de fonctionnement des banques islamiques sont plus élevés mais que les services d’intermédiation financière sont supérieurs et que les actifs sont de bien meilleure qualité. Rappelons qu’en 2007, le ratio d’endettement de Lehman Brothers était de 30/1 alors qu’à la même période, le ratio d’endettement de la plupart des banques islamiques s’élevait à 10/1.

La formation

Le développement de la formation est l’un des principaux défis à relever pour  la finance islamique. Aujourd’hui, la finance islamique c’est plus de 300 banques,  plus de 250 compagnies d’assurance mais moins de 100 experts.

En effet, la finance islamique nécessite, outre une expertise en matière bancaire et financière,  une maîtrise de la théologie. Aussi, il faut compter environ quinze ans pour former un spécialiste à la fois en droit coranique et en finance.

Adil Kourtih


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