Thomas Flichy de la Neuville : « Les Iraniens ont le sentiment d’être victimes d’une conspiration »

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Agrégé d’histoire et docteur en droit, Thomas Flichy de La Neuville est spécialiste de l’Iran. Ancien élève en persan de l’Institut National des Langues et Cultures Orientales, il est chef du département des études internationales à l’Ecole Spéciale de Saint-Cyr, membre du Centre Roland Mousnier de l’Université Paris IV–Sorbonne. Il intervient dans de nombreuses universités étrangères, notamment à l’United States Naval Academy, la Theresianische Militärakademie, et l’Université d’Oxford.

Mondorient : La montée en puissance de l’Iran date t-elle de l’accord sur le nucléaire, signé en juillet dernier ?

Thomas Flichy : Cet accord est l’amorce d’une lente remontée en puissance de l’Iran. Mais très lentement dans la mesure où, aujourd’hui, les capitaux dédiés à l’Iran n’ont été débloqués ni par les Etats-Unis, ni par les Européens. A cette heure, les Américains débloquent peu à peu ces capitaux, surtout pour eux-mêmes.

La paranoïa de l’encerclement est une spécificité culturelle persane. Depuis la rupture des liens diplomatiques avec nombre de pays sunnites, cette peur est-elle justifiée ?

Oui. Non seulement c’est justifié mais l’assassinat du cheikh chiite el-Nimr par l’Arabie Saoudite a renforcé, auprès des Iraniens, ce sentiment d’être les victimes d’une conspiration. Cela renforce leur culture du martyre, qui est fondatrice de la religion chiite. La succession de ruptures des liens diplomatiques rend les Iraniens plus sensibles à cette rhétorique conspirationniste.

 

Selon vous, l’Occident est-il cantonné à une position de neutralité entre l’Arabie Saoudite et l’Iran ?

Les Etats-Unis n’ont plus de politique étrangère au Moyen-Orient. Le président Obama souhaite un rapprochement avec l’Iran. Or, il doit faire face à son propre Département d’Etat, qui privilégie l’Arabie Saoudite depuis plus de 60 ans.

En ce qui concerne la France, sa puissance diplomatique est à la hauteur de ses moyens de coercition, par conséquent de son armée. Celle-ci est trop occupée sur le théâtre africain pour jouer un rôle notable au Moyen-Orient. Qui plus est, la France est liée économiquement à l’Arabie Saoudite qui a en quelque sorte acheté son soutien diplomatique.

Le président iranien Hassan Rohani / Wikimedia Commons
Le président iranien Hassan Rohani / Wikimedia Commons

 

Comment peut-on juger la politique menée par le président Rohani ? Que risque t-il lors des élections législatives de cette année ?  

Hassan Rohani est obligé de mener une politique subtile d’équilibre. Son aile droite, les Gardiens de la Révolution (Pasdaran) ne souhaitent pas trop ouvrir l’Iran car cela leur ferait perdre le monopole économique qu’ils exercent. D’autre part, l’opinion publique est favorable à une plus large ouverture en matière de consommation. Ayant réussi cette politique d’équilibre, il est probable que les prochaines élections renforcent Hassan Rohani.

Propos recueillis par Noé Hochet


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