L’organisation de l’État islamique face au monde musulman

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Du Caire à Beyrouth en passant par Riyad, les dirigeants politiques et religieux critiquent unanimement le phénomène Daesh. L’émergence du groupe djihadiste dans la région a fait converger les forces contre un ennemi commun.

Énième coalition internationale ou projet fiable ? La question demeure suite à l’annonce, lundi 14 décembre, par l’Arabie Saoudite de la formation d’une coalition islamique antiterroriste. Cette structure sera composée de 34 pays, parmi eux, la Turquie et l’Egypte. A noter l’absence de l’Irak, l’Iran et la Syrie. Cette décision réaffirme la volonté de Riyad de combattre le terrorisme islamiste. Ces derniers mois, le royaume wahhabite était régulièrement sous le feu des critiques pour sa prétendue complaisance à l’égard du djihadisme.

Depuis la chute de l’Empire ottoman en 1923, l’islam sunnite ne bénéficie plus de l’autorité d’un clergé unifié et reconnu par tous. La situation entraîne une crise de légitimité pour de nombreuses institutions religieuses. Toutefois, force est de constater que l’ensemble des doctrines religieuses musulmanes -chiites et sunnites- condamnent les agissements de l’organisation Etat islamique (OEI).

Au-delà des clivages

La plus éminente institution de l’islam sunnite basée en Egypte, l’université Al-Azhar, a accusé, le 4 février 2015, les « terroristes » de l’organisation Etat islamique et appelé à les « tuer et crucifier ». Cette revendication est arrivée peu de temps après l’exécution de Moaz al-Kassasbeh, le pilote jordanien brûlé vif par les djihadistes de Daesh.

Dès janvier 2015, le président égyptien Abdel Fatah Al-Sissi dans un discours devant cette même institution condamnait l’autarcie du radicalisme notamment djihadiste.

Le président égyptien al-Sissi / Flickr
Le président égyptien al-Sissi / Flickr

« Nous devons changer radicalement notre religion, il est inconcevable que cette idéologie, et non pas religion, l’ensemble d’idées et de textes que nous avons sanctifiés dans le cours des siècles, puissent aboutir au point d’être hostile au monde entier ».

Rappelons que le président Al-Sissi est le bourreau des Frères musulmans égyptiens. La justice égyptienne a récemment condamné à mort quatorze Frères musulmans dont Mohamed Badie, l’un des leaders de l’ancienne force politique.

Le cheikh Youssef al-Qaradawi en 2012 / Flickr
Le cheikh Youssef al-Qaradawi en 2012 / Flickr

Très tôt, le prédicateur égyptien Youssef al-Qaradawi, présentateur de l’émission « la Charia et la vie » sur la chaîne qatari al-Jazeera, blâme les agissements de l’OEI. Le 8 juillet 2014, dans un communiqué, le président de l’Union internationale des savants musulmans considérait que la déclaration d’auto-proclamation du calife Abu Bakr al-Baghdadi était juridiquement « nulle ». Pourtant, Qaradawi s’oppose radicalement à al-Sissi ; la réalité politique démontre que tous les camps font front contre le radicalisme islamiste.

Une critique chiite

Les branches chiites ont également réagi à l’émergence de l’Etat islamique d’obédience sunnite. Le chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah a assimilé les djihadistes à des takfiristes:

 « Aujourd’hui, le monde entier le reconnaît. Tout le monde, reconnait qu’effectivement, ce mouvement takfiri et son fer de lance Daesh représentent maintenant une menace pour la sécurité de la région et la sécurité du monde entier . »

Le leader du “Parti de Dieu” parle de terrorisme takfiri en évoquant Daesh. Le takfir est le fait d’accuser les musulmans de mécréances et les exclure de l’islam.

La condamnation unanime des élites les plus respectées démontre que l’Organisation Etat islamique représente une doctrine minoritaire au Moyen-Orient. L’Occident et le monde musulman poursuivent un même objectif: vaincre Daesh.

Madjid Khiat


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