OMAN : Un médiateur en pleine tourmente

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Acteur discret mais incontournable dans le Golfe, Oman doit sa longévité à l’habile Realpolitik du sultan Qabous. Neutralité et indépendance permettent au sultanat, depuis 45 ans, de compter parmi les partenaires les plus fiables d’une région instable.

Dès le 3 novembre 1981, dans son discours inaugural du Conseil consultatif d’État, le sultan Qabous annonçait son projet diplomatique :

« Pas de mimétisme, pas de saut dans l’inconnu, mais pragmatisme et empirisme. Indépendance et souveraineté, voilà les clefs de la politique étrangère d’Oman. »

Une Realpolitik bismarckienne qui perdure encore en 2015.

Un jeu d’équilibriste au nom de la sécurité d’État

Séparé de l’Arabie Saoudite par le désert et de l’Iran par le détroit d’Ormuz, Oman avait pourtant tout d’un pays satellite. C’était sans compter l’admirable politique extérieure menée par Qabous, sultan régnant seul depuis 1970, année où il détrôna son propre père. Oman est le seul pays de la région à pouvoir se targuer de coopérer simultanément avec les géants saoudiens et iraniens. Après la protection que lui accordait le Shah d’Iran, Qabous n’a pas rompu les liens avec la République Islamique de Khomeiny. Et ce, tout en accueillant, à moins de 50 km des côtes iraniennes, une base navale américaine à partir 1980.

Le sultan Qabous avec John Kerry, le Secraitaire d'État américain / Wikimedia Commons
Le sultan Qabous avec John Kerry, le Secraitaire d’État américain / Wikimedia Commons

Longtemps menacé par l’Arabie Saoudite, Oman a également su résister à l’expansionnisme saoudien. En 2013 tout d’abord, lorsque le Roi Abdallah œuvrait pour la création d’une Union du Golfe. Cette année, ensuite, en étant l’unique État du Golfe refusant de participer à la coalition contre les houtistes au Yémen. Ce qui lui a valu le qualificatif de « Nouvelle Suisse du Moyen-Orient » par le quotidien libanais l’Orient-le-Jour.

S’effacer pour mieux peser

Si Oman peut se payer le luxe de rester neutre, c’est avant tout grâce aux revenus du pétrole. L’or noir, en abondance, représente 80% des revenus d’un pays dont seulement 6 habitants sur 10 sont de nationalité omanaise. Le sultanat jouit d’une autre particularité qui l’exclut de facto du combat confessionnel régional; 75 % des omanais sont ibadites, un courant musulman fondé cinquante ans après la mort du prophète.

A l’inverse du Pape François, ultra-médiatisé pour son rôle dans le rapprochement entre les États-Unis et Cuba, le sultan Qabous échappe aux projecteurs. Sans lui, pourtant, pas d’accord sur le nucléaire iranien. Entretenant des bonnes relations avec Téhéran et Washington, le sultan sera le facilitateur de l’accord à partir de 2010. Il accueille plusieurs rencontres secrètes et transmet directement les messages aux dirigeants avant les ultimes tractations de Vienne.

En août dernier, François Hollande exprimait :

« toute sa gratitude à ceux qui ont œuvré à la libération [d’Isabelle Prime], et notamment au sultan Qabous Ibn Saïd d’Oman. »

Isabelle Prime, expatriée française enlevée au Yémen, a bénéficié des liens privilégiés entre Oman et les rebelles houtistes pour être libérée. Oman s’impose comme un interlocuteur de premier choix dans la région, d’autant plus qu’il ne froisse personne.

Si le sultan garde le cap d’Oman sur la scène internationale, il maintient la tête de son peuple sous l’eau. Plusieurs manifestations avaient éclaté à Mascate, la capitale, pendant la période des Printemps arabes. Si le bilan reste faible (2 morts), les critiques de la corruption stagnante et de l’autoritarisme du sultan sont bien réelles. Mais on voit mal aujourd’hui ce que serait devenu Oman sans son leader charismatique. Pourtant, Qabous, 75 ans, a séjourné huit mois en Allemagne pour des « examens médicaux ». Des informations font état d’un cancer du côlon. Après 45 ans de règne monarchique et sans descendance, la succession sonne la fin de l’exception omanaise.

Noé HOCHET


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